La philosophie pourquoi faire ?

Voici une question qui pourrait être celle d’un intellectuel en recherche d’un passe temps, d’un exercice de rhétorique, ou de joutes verbales. Mais ici la question dépasse ces jeux que je souhaiterai d’autres siècles, car devant tout ce gris dans un monde si avancé il est temps de ce poser cette question.

La philosophie pourquoi faire ? 

Philosophieest issu de philosophe étymologiquement l’ami de la sagesse. Le mot Philosophie fait partie de ces noms  universels où il serait possible de trouver plusieurs milliards de définitions, autant que d’êtres humains en âges de penser. Le Larousse ou le petit Robert sont d’accord pour lui en trouver deux. 

L’une dite ancienne et l’autre dite moderne. 

Philosophie : 

 Définition Ancienne : toute connaissance par la raison, comprenant l’étude rationnelle de la nature et la théorie de l’action humaine. 

Définition Moderne : ensemble des études, des recherches visant à saisir les causes premières, la réalité absolue  ainsi que les fondements des valeurs humaines, et envisageant les problèmes à leurs plus hauts degrés de généralité. De telles définitions laissent à penser que la philosophie est une discipline difficile, complexe, réservée aux érudits, une science hermétique voire rébarbative pour le commun des mortels.

 


Dans le cursus scolaire actuel cette matière s’inscrit uniquement dans  le prolongement de l’apprentissage de la littérature, en classes de premier et de terminal…  Point de philo avant. Curieux de nature, les voyages aidant je suis venu à étudier la philosophie dans une école qui est plus buissonnière qu’académique. C’est ainsi que je me suis aperçu en regardant la  chronologie de l’histoire de la philosophie que la philosophie était bien différente. De manière générale l’ensemble des auteurs traitants le sujet sont d’accord pour voir l’aurore de la philosophie dans la Grèce ancienne à partir du 6éme siècle avant JC 

 

Je vous propose un très rapide découpage de l’histoire de la philosophie en quatre périodes: Du 6 siècle avant JC jusqu’au 2 siècle après JC Le temps des philosophies anciennes Du 2 siècle après JCjusqu’à la révolution française Le temps du christianisme triomphant De la révolution française à la fin de la deuxième guerre mondiale Le temps des lumières et de l’humanisme républicain De la fin de la deuxième guerre mondiale à aujourd’hui Le temps de la déconstruction nietzschéenne Début d’une transition qui n’a pas encore fini d’aboutir … Les marqueurs de temps que j’ai choisi pour cette découpe très grossière, sont basés non pas sur des philosophes ayant marqué le cours de la philosophie mais sur des changements profonds dans l’histoire de l’occident. Les frontières des dates ne doivent pas être vues de manière abrupte mais comme des zones de lents fondus d’idées et d’interactions s’étalant sur plusieurs siècles. Dans le domaine de la philosophie, les idées nouvelles germent souvent par syncrétismes et inspirations d’influences. L’évolution des idées ce fait par des percolations très lentes et non par des révolutions d’un jour, d’une date, comme les livres d’histoires aimeraient à nous le faire croire. 

 

Première période La philosophie est née en grecs en liaison avec l’exercice de la démocratie C’est un temps où il y avait une multitude de philosophies différentes sans hégémonie de l’une sur les autres. Le temps  du lycée d’Aristote, de l’académie Platon, du jardin d’Epicure, à l’ombre des piliers, (en grecs anciens : Stoas)  avec Zénon de Cittium et ses stoïques. Ainsi, sur plusieurs siècles, avec les maitres d’origines et leurs disciples qui les ont perpétués, les pensées étaient multiples. Les écoles se livraient à une concurrence saine et fructueuse. Si leurs approches étaient différentes toutes recherchaient le même but, adoucir les peurs et les souffrances de l’homme par l’exercice d’une pensée s’appuyant sur une philosophie propre à chaque école. Durant cette période, la philosophie est  accessible à tous les hommes libres. Elle pouvait être enseigné de façon restreinte,  de manière ésotérique comme pour les fraternités de Pythagore ; ou exotérique, ouvert à tous et à toutes, prostitués comprises  comme pour le jardin d’Epicure. La philosophie de ce temps là,  n’est pas une matière scolaire mais une façon d’être et de vivre. Elle ne se bachotait pas, elle se vivait au quotidien. 

 

Deuxième période Le christianisme triomphant Le temps pour l’Europe d’adopter l’unique pensée du christianisme. Il me paraît capital de bien mettre l’accent sur l’importance de cette religion dans l’évolution de la définition de la philosophie et du rôle dans lequel elle va l’enfermer.
Au 2éme siècle, l’un des fondateurs du christianisme saint Justin  ( romain sous le règne de marc Aurel – stoïcien ) a compris le risque le laisser libre court aux différentes philosophies , et à commencer un long « nettoyage » de ce qu’il voulait garder, de ce qu’il voulait détruire de l’héritage des philosophes grecs et romains. Travail continué par les pères de l’Eglise au IV siècles notamment par saint Augustin. Les plus visés étant tous les philosophes monistes ; ceux qui pensaient que le corps et l’esprit ne fait qu’un. Ne gardant de cette riche période que les dualistes  (Platon Aristote, notamment) avec la partie de leur conception philosophique acceptable pour la doctrine. 
Cette longue période est aussi le temps de cristallisation de la scolastique pour la philosophie et du dogme chrétien. Seuls les lettrés érudits, dans le cadre des études dispensées par l’Eglise, ont accès à  la  philosophie, qui devient une matière académique, dissocié des sciences et de la vie en générale, au service du dogme chrétien. La philosophie n’a plus son mot sur la question du devenir après la mort car la réponse est dans la croyance chrétienne, elle devient un exercice de la raison pour tirer au clair les grandes notions. Durant cette période, la philosophie perd son champ populaire accessible à tous pour être enfermée dans les lieux de hautes études. 

 

Troisième période Le temps des lumières et de l’humanisme républicain. Les lumières et la révolution française, ont pour origine un changement profond dans la réflexion philosophique inspirer par l’influence de René Descartes – Mathématicien et philosophe français – en 1596Décédé en 1650 – soit plus d’un siècle  nécessaire à ses idées pour être dans les esprits des révolutionnaires de 1789. La philosophie retrouve alors une relative autonomie de pensée par rapport aux religions. Elle devient l’apprentissage de la réflexion critique, de l’argumentation de l’idéale,  du  penser par sois même. De plus des textes de philosophies anciennes disparus dans les autodafés perpétués par les pères de l’église, réapparaissent timidement par des chemins détournés  Averroès (bien qu’ayant vécu au XII siècle) ou  la bibliothèquede Philodème à Herculanum, découverte au 18éme siècle. La plus grande liberté des philosophes de cette période laisse la possibilité de développer des idées monistes à coté de celles des dualistes et des religions. Idées monistes qui aboutiront à une politisation des idéaux, le matérialisme deviendra matérialisme dialectique avec Karl Marx. Néanmoins la philosophie reste scolastique, elle sert d’appuie aux grands idéaux politiques sans toute fois redevenir accessible au peuple. Pour lui son nouveau catéchisme c’est la politique via les partis politiques et leurs programmes parfois dogmatiques.

 

 Quatrième période De la fin de la deuxième guerre mondiale à aujourd’hui… A lire les définitions dans les dernières éditions 2007 du Larousse ou du Robert ; à questionner la rue ; à écouter les élèves de terminale sur la question ; la philosophie est restée scolaire, une matière du bac mais pas une réflexion pour la vie. Tous notre programme scolaire de philosophie est aujourd’hui  l’héritage de la rupture chrétienne qui a fait que la philosophie a cessé d’être un apprentissage de la vie  comme elle était chez les grecs. Luc ferry  (l’ex ministre de l’éducation nationale, philosophe)  reconnaît que le  programme de philosophie est un programme catho-républicain. C’est, pour lui, un programme de notions philosophiques où l’on exerce sa raison pour clarifier des notions : cela est catholique ; et où l’on met pardessus un peu d’esprit critique : cela est républicain. 

 

De ce rapide découpage chronologique il apparaît bien deux visions pour  la  philosophie avec le christianisme comme rupture entre la philosophie de la sagesse et la philosophie de l’érudition. Une philosophie du savoir et une philosophie de la sagesse En imitant les Franc-maçons, nous pourrions le traduire par : Une philosophie spéculative et une philosophie opérative La philosophie pourquoi faire ? Il est reconnu que les  grandes philosophies sont essentiellement des doctrines du salut. Mais qu’est que le salut ? : L’art de résoudre de notre première peur : la Finitude comme l’appelle les philosophes. C’est l’art de nous aider à surmonter les inquiétudes de la vie humaine qui nous empêchent de bien vivre. La plus grande étant la mort. Peur de la mort,  de la sienne,  mais aussi de la mort des autres, de ceux que l’on aime. Comment surmonter ces peurs? Par un dieu et par la foi disent les grandes religions. Par la raison et par sois même disent  les grands philosophes Voilà toute la différance et pourquoi, la philosophie est perçue comme arrogante, orgueilleuse dans tous les grands textes religieux. Les grands philosophes vont nous dire que nous pouvons nous sauver par nous même en utilisant l’exercice de sa raison et cela dés l’antiquité – Pour Epicure les dieux existent, mais ils ne s’intéressent pas aux hommes et par conséquents les hommes ne doivent pas avoir peur des dieux et s’organiser par eux même. Dans cette démarche philosophique qui nous permet de mieux gérer nos peurs et de trouver notre sérénité, nous pouvons y voir une attitude individualiste, mais très vite, les philosophes recadrent : l’homme, l’individu, parmi les hommes, la société.   De nombreuses doctrines philosophiques démontrent que le salut de l’un ne peut pas se faire sans le salut des autres. Des philosophies individuelles nous passons à une philosophie pour une humanité, avec une  notion d’universalisme et sa déclinaison pragmatique : la politique. 

 

Sans vouloir aller trop loin, mais uniquement pour ouvrir des pistes sur ce « pourquoi faire de la philosophie ? » voici deux questions : La question première est pour moi la première des premières :Comment placez-vous votre esprit par rapport à votre corps ? Êtes-vous moniste ? Votre corps et votre esprit ne font-ils qu’un ? Ou êtes-vous dualiste ? Votre corps et votre esprit sont-ils dissociés ou dissociables. C’est une question à laquelle nous devons répondre à nous même, et accepter que d’autres peuvent y répondre différemment. Elle doit rester dans le domaine exclusif de l’appréciation individuelle.  

 La deuxième question : Le bonheur est-il pour aujourd’hui ou pour demain ? Certains des philosophes pensent que dans ce monde imparfait, le mieux reste à réaliser. A travers un idéal qu’ils définissent comme étant ce qui permettra à l’homme de progresser et de trouver son bonheur, ils bâtissent une doctrine philosophique propre au chemin à construire pour arriver à cet idéal. D’autres philosophes pensent que nos plus grandes peurs sont dans nos projections sur le future où dans nos ressassements de notre passé. Pour eux la sérénité est dans l’apprentissage de savoir « vivre l’instant présent », que cela n’est possible que dans la maitrise de notre questionnement et de l’écoute de nos cinq sens. Idéalisme d’un coté, hédonisme de l’autre. Et pourquoi pas les deux ? « Le bonheur est dans l’instant présent »  je le crois  mais il est possible de préparer un lendemain qui facilitera cet instant quand aujourd’hui il n’y est pas. La philosophie de la sagesse, pratiquée avant l’hégémonie de la pensée chrétienne, ne s’est jamais éteinte. Elle a su passer le temps et s’infuser dans les philosophies populaires. Même si les calendriers catholiques, avec la pensée du saint du jour, étaient là pour christianiser toutes sagesses. Il y eu aussi tous ces auteurs, pour ne pas dire des philosophes, pas toujours très « catholiques », je pense à Montaigne, Erasme, Spinoza. Ainsi, la philosophie de la sagesse a pu continuer, à  vivre, à évoluer. 

 

Mais aujourd’hui qu’en reste-il ?   Chaque enfant né devenu homme devra toujours répondre à la question de son salut, de sa finitude. Il lui est possible de fuir, de se perdre, de s’oublier dans la société occidentale de consommation pour différer cette question, mais tôt ou tard elle se posera. « Mai 68 », « la chute du mur de Berlin », « la fin de la guerre froide », « la mondialisation », « l’hyper technologie pour quelques nations », « le réchauffement climatique », « la perte des croyances  religieuses », « l’individualisme pour les uns », « retour au communautarisme pour d’autres » : perte de repères pour tous. Le désintéressement occidentale pour les religions et ses pratiques, facilité par une science qui veut tous expliquer de l’infiniment petit à l’infiniment grand, relayé par des médias qui veulent faire croire à leurs téléspectateurs qu’ils savent tout, laisse un grand vide dans notre société moderne.   Même les partis politiques n’ont plus d’idée, ni idéaux, ni de programme mais des logiciels. Logiciels qu’ils alimentent en allant chercher les besoins fabriqués de la société auprès de leurs électeurs. Une méthode de travail pour pouvoir présenter de nouvelles promesses électorales répondant mieux aux attendent de leurs concitoyens. Ils sont comme les constructeurs de téléphones portables, les fabricants de lessives ou les responsables de télévisions commerciales, qui recherchent de manière vitale pour leur entreprise, à coller au mieux les tendances du marché. Ici point de philo si ce n’est celle du profit ou du « garder le pouvoir ». Nous ressentons  bien, à écouter les uns et les autres, ici et ailleurs, qu’il y a dans l’air, un je ne sais quoi de fin d’époque ? Dans cette remarque ni voyez que de l’optimisme car depuis l’aube de l’humanité chaque fin d’époque à été le début d’un renouveau vers une autre époque. Pas la fin du monde mais la fin d’un monde. Nous ne sommes qu’au début de cette nouvelle percolation d’idées. Si mai 68 peut être une date repère, celle du 9 novembre 1989 à Berlin peut en être une autres. Que manque-t-il à l’homme pour avancer? L’amélioration matérielle et morale de l’humanité a été durant le XX siècle le domaine des partis politiques. Aujourd’hui nous constatons leurs les limites pour rénover la société. A ce jour, et à reprendre les définitions des dictionnaires à propos de la philosophie nous pourrions croire que la philosophie reste du domaine des instruits, des lettrés, des docteurs en  littérature et autres professeurs. Le rationalisme chrétien et sa scolastique est toujours d’actualité. Même si nombreux sont ceux qui jurent «  au grand dieu » d’être cent pourcent laïc, leur chemin de pensée reste judéo-chrétien. Et c’est bien cette révolution là qui nous faut finir, au sens géométrique du terme, à savoir revenir à son point de départ : les fondamentaux -  ceux d’avant le christianisme. 

 

Retrouver l’art de philosopher au sens ancien. Pour nous même, pas seulement quand cela ne va pas, mais tout les jours et pour commencer quand cela va bien afin d’apprendre à ressentir l’instant présent, notre ataraxie, nos égrégores pour pouvoir construire les lendemains, en rendant ces instants de bonheurs plus accessible, plus facile, plus souvent. Mais aussi pour les autres, car la philosophie a été, et sera,  le point de départ incontournable aux fondations indispensables pour bâtir les projets politiques nécessaire à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement, intellectuel et social de l’humanité… Philosopher sur les forums , dans les blogs, et plus encore… Rendant aux hommes de bonne volonté cette extraordinaire liberté : celle de pensée, par soi même, pour sois même mais aussi, par solidarité, pour  les autres, afin d’améliorer l’humanité. Soyons des philosophes non pas académiques mais opératifs. A partir de l’ensemble des fondamentaux, retrouver par exemple : la richesse des philosophies du renoncement et s’en servir pour bâtir les chemins nécessaires à sortir de l’impasse d’une société de consommation en besoins surdimensionnés au regarde de taille de la planète terre. Permettre une insurrection philosophique très tôt : Sept ans n’est-il pas l’âge de raison ?… La philosophie ne doit plus être une science d’érudit, mais un outil quotidien pour tous. Une Utopie tout cela ? Oui  mais nécessaire et je le revendique. Un travail plus que jamais nécessaire pour sortir de cette grisaille. 

Enfin pour ceux qui regarderaient leur montre en se demande « est-il encore l’heure de philosopher ? », voici le début de la lettre à Ménécée d’Epicure

« Quand on est jeune, il ne faut pas hésiter à philosopher, et quand on est vieux, il ne faut pas se lasser de philosopher. Car il n’est jamais trop tôt ou trop tard pour travailler à la santé de l’âme. »

 Vous venez de lire ce travail, en laissant un commentaire vous m’aidez à aller plus loin dans ma reflexion, il est capitale que la parole circule… M Damien 

D’Epicure, la lettre à Ménécée

 

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