« être libre et de bonnes moeurs »

« Etre libre et de bonnes moeurs »  voilà une vieille expression qui m’interpelle. Si libre sonne moderne et apparaît comme un mot phare de ce siècle naissant, l’expression « de bonnes moeurs »  semble faire partie de ces expressions du passé et résonne « vieillote » . Cette expression est appparemment en usage dans la Franc Maçonnerie moderne. A l’origine de la maçonnerie, en 1717, la  notion de « liberté « était une référence face au servage en usage à cette époque. Il fallait être un homme libre, sous entendu libre du servage pour pouvoir entrer dans des loges. 

Aujourd’hui, cette vieille locution reste- elle toujours d’actualité ? 

De cette première lecture, nous nous arrêtons sur l’expression :  « De bonnes moeurs ». Définition tirée du dictionnaire… De bonnes moeurs : Ensembles de règles dont la société ne permet pas qu’ils puissent être dérogés par la volonté des parties. 

La notion de bonnes moeurs varie avec le temps et l’espace où elle est appliquée. Ainsi l’homosexualité, bannie au début du XXéme Siècle, est aujourd’hui rentré dans nos tolérances, avec les nouvelles lois concernant le PACS.

Elle fait  partie des moeurs de ce nouveau siècle. Aujourd’hui les homosexuels ne sont plus mis en marge de la société. L’avortement, vingt ans plutôt, à suivi le même chemin. Il apparaît que la notion « de bonnes moeurs » est très liée avec le temps mais aussi avec la société référente. Pour comprendre les bonnes moeurs d’une époque, il faut les regarder avec l’esprit de l’époque et les restituer dans la société qui les appliquait. Par exemple, si nous nous plaçons dans les années 1900 : Les « bonnes moeurs » concernants l’accueil des étrangers chez les Inuits choquaient les Européens. 

Dans le même esprit, il est possible de faire les mêmes constatations concernant les bonnes moeurs appliquées aux habitudes alimentaires : Le regard du musulman face à un catholique mangeant du porc. Appliquées aux rituels mortuaires : l’étonnement des occidentaux face à la cérémonie funéraire dans les communautés du haut Tibet. Les dimensions de temps et de lieu sont capitales. Les bonnes moeurs, contrairement à ce que pensent certaines nations dite modernes voulant imposer leurs règles de vie, nous apparaissent comme étant  ni universels et ni intemporels. A décortiquer les mécanismes, en remontant le plus loin qu’il est possible d’aller, pour chaque règle, nous nous perçevons qu’il y a, à l’origine une volonté de pouvoir assurer la survie du groupe. Ainsi chez les Inuits, le risque de consanguinité due à l’isolation de ces populations est grand, cette handicape est en partie atténué par l’application de ces règles d’accueils qui choquaient les Européens. Car ils n’ont pas, de part le climat et leurs facilités de voyages, d’échanges, ce risque majeur pour la survie du groupe. 

Nous pourrions faire les mêmes remarques concernant  les us et coutumes à propos des bonnes moeurs alimentaires. A comparer uniquement les moeurs d’aujourd’hui par rapport aux moeurs du passés proches nous pourrions croire que les « bonnes moeurs » s’assouplissent  vers plus de permissivité, au fur et qu’à mesure que le temps avance. Cette démarche est fausse ! En élargissant notre fenêtre d’observation par rapport au temps, nous observons que les moeurs ont évolué de façon cyclique. Les règles de la société, tel le balancier d’une horloge, font des allers et retours entre permissivités et répressions. Aux deux dimensions, Temps et lieu, il nous faut rajouter le milieu sociale. Les « pauvres » semblent être plus soumis aux respects de « bonnes moeurs » que ceux qui appartiennent à la « haute société ». Classe souvent réputée pour avoir parfois des moeurs plus légères. Il est clair que le respect des « bonnes moeurs » imposées aux moins riches permettait à ceux qui ont le pouvoir de garder leur liberté de dominer. 

Nous pourrions faire sensiblement la même démarche aujourd’hui pour ce semblant de liberté donnée à la classe moyenne. Il y a toujours cet esprit de laisser croire aux moins riches qu’il est bon de penser que… et en fonction du temps, le socialement correcte établie des règles de liberté et des règles de bonnes moeurs. Quelles significations doit-on donner à la locution « être libre et de bonnes moeurs »  en ce début du XXIéme Siècle ?   De cette deuxième lecture, nous centrons notre intérêt sur la locution. « Être libre et de bonnes moeurs », et si, le mot clef de cette locution, était la conjonction de coordination. Ce petit mot de deux lettres qui relie deux expressions si différantes, à un point que nous pourrions croire qu’elles sont en opposions. Pour ces deux expressions essayons d’en connaître leur longueur. Allons  au bout de leurs limites. Etre libre … cela peut aller jusqu’à la liberté infinie. Cet infini est sans limite. Pour un l’individu ou un groupe, l’instant où ils ne respectent plus aucune règle.   

A l’échelle d’une nation, il est possible alors de parler d’anarchie absolue, là où il n’y a plus aucune régle, exemple : la Somalie dans les années 90. De bonnes moeurs  cela peut aller très loin dans la réglementation des moindres faits et gestes d’un individu, d’un groupe. Aller jusqu’au totalitarisme, dont seule l’imagination, des plus fous, pourrait nous décrire l’une des limites. Réuni ensemble, les deux expressions s’opposent, chacune tirant dans un sens, jusqu’à un point d’équilibre.

En schématisant : Plus il y a de règles  pour définir les bonnes moeurs, moins il y a de libertés apparentes. Avoir plus de libertés ne semble possible… qu’en réduisant les contraintes imposées par les bonnes moeurs. Nous remarquons au passage que cela illustre bien cet adage : «  Quand la morale s’en va les lois prolifèrent » Le « et » de cette locution,  est tel le pivot d’une balance. S’il venait à être manquant, les deux plateaux de la balance tomberaient. Sa présence fait que les deux plateaux peuvent se balancer au dessus du vide. Avec des charges correctement posées de part et d’autre; l’ensemble trouve son point d’équilibre, son immobilisme, son calme, sa tranquillité… la paix seule garante de la prospérité du groupe. 

Pour pouvoir comprendre la locution à l’étude et en trouver ses significations, il est impossible de dissocier les deux expressions. Transposé dans une recherche sur la dualité: cela serait, comme vouloir expliquer le noir, sans parler du blanc, parler du blanc en omettant le noir. L’un et l’autre ne sont pas dissociables. Il en est de même pour les deux expressions de notre locution. Fort de l’ensemble des réflexions que je viens de vous résumer nous faisons alors le parallèle entre : « Être libre et de bonne moeurs »  Et « Droits et devoirs » « Être libre » semble être du domaine de nos droits. « De bonne moeurs »  nous apparaît comme étant du domaine de nos devoirs.  « Droits et devoirs » ne peuvent pas être dissociés. Pour l’illustrer : Le malaise de jeunes issus de l’immigration dans les banlieues. Ce malaise pourrait être caricaturé en deux types : Le premier  / la délinquance dans les quartiers de banlieue : Elle pourrait se définir :   Comme l’expression d’un excès de liberté absolue… Sans tenir compte des règles de vie commune…. des bonnes moeurs. Le deuxième  / le voile islamiste :Elle pourrait se définir : Comme l’expression d’un excès de règle, perçu comme étant de bonnes moeurs par la communauté musulmane fondamentaliste. Ces deux excès expriment bien un malaise dans la société française, ils la déstabilisent. Les plateaux de la balance sont mal chargés, le point d’équilibre est rompu. 

Le temps de la jeunesse est un temps fort et difficile où l’individu rentrant dans l’âge adulte doit de lui même apprendre à charger sa balance de ses droits et de ses devoirs afin «d’être libre et de bonne moeurs »  

Le temps de l’âge mûr, celui des adultes responsables, est un temps capital où nous devons aider ces nouvelles générations à trouver le juste équilibre, par l’éducation. De plus en plus la société d’aujourd’hui privilégie, dans un souci de rentabilité à court terme : le provisoire, l’incertitude, le précaire. Cela fait des demis -citoyen qui sont rarement de bonnes moeurs. Les plateaux de la balance sont en permanences déstabilisés. Ces déséquilibres, ces désordres passagers, rappelons-nous de mai 68, peuvent faire évoluer les règles d’équilibres entre « libre » et « bonne moeurs ». 

Aujourd’hui, sommes-nous toujours dans le temps des évolutions? Toujours présent, le balancier du temps oscille entre permissivité et répression. Jusqu’à maintenant, pour ces dernières décennies, le sens était toujours à la recherche de plus de liberté. A regarder ces derniers mois, aurait-il changé de direction ? En première conclusion, nous trouvons, que finalement ce qui peut apparaître vieillot, traditionnel  est  pleinement  moderne et d’actualité. Nous  voyons l’expression « être libre et de bonne moeurs » comme une expression « poil à gratter » que l’homme d’aujourd’hui, a besoin, pour réfléchir sur les travaux et les efforts qu’ils nous restent à faire pour terminer l’édifice sur lequel nous travaillons : nous même. Cette locution exprime l’équilibre nécessaire entre les libertés et les règles, le droit et le devoir ; pour chaque individu dans une société afin que les deux (« l’individu » et « les autres ») puissent vivre. 

 

© Michel Damien – 29 décembre 2008

 Introduction en Philosophies Opérative Première Planche

 

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