La Franc maçonnerie est elle une religion ?

La question peut surprendre, elle n’est pas neuve,  Albert Lantoine, qui fut au début du XXe siècle, membre du Suprême Conseil de France du rite écossais ancien et accepté, disait  «La franc-maçonnerie, avec ses vérités changeantes qui suivent la fièvre des âges, est la seule religion humaine.». … Mais qu’est ce qu’une religion ? 

Les dictionnaires sont aux mots ce que le diapason et le métronome sont à la musique. Ils sont là pour normaliser les définitions, nous accorder sur un sens. 

Le Larousse donne cette définition : RELIGION - Ensemble de croyances et de dogmes définissant le rapport de l’homme avec le sacré. - Ensemble de pratiques et de rites propres à chacune de ces croyances. Exemple, la religion catholique. 

 Dans le petit Robert : RELIGION: Ensemble d’actes rituels liés à la conception d’un domaine sacré distinct du profane, et destinée à mettre l’âme humaine en rapport avec dieu. Dans le dictionnaire des religions, un remarquable ouvrage portant sur toutes les religions:  « La religions  est un système de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées. » 

M’appuyant sur ces trois définitions, il m’est possible de répondre à la question initialement posée. La Franc maçonnerie  n’est pas déiste. La Franc maçonnerie  n’est pas dogmatique. La Franc maçonnerie  n’est pas un système de croyance. La Franc maçonnerie  n’est pas une religion. Refermant le dictionnaire des religions, je m’arrête un instant sur la page 603 et sur la définition du mot Franc maçonnerie  …. Tiens elle est dans le dictionnaire des religions ! Que fait-elle dans un ouvrage consacré uniquement aux religions ? Quelle est leur définition de la Franc maçonnerie   Franc maçonnerie : La Franc maçonnerie  ne se donne pas pour être une société secrète, c’est à dire dissimulant sa propre existence, mais  pour une société  détentrice d’un secret. C’est une fraternité fermée, dont les adeptes se reconnaissent selon certains codes mystérieux. La Franc maçonnerie  ne se présente pas comme une religion, ni comme un système philosophique , mais comme une ascèse  particulière, compatible avec toutes les religions, toutes philosophies .  

Cela devrait confirmer ma réponse négative à la question initiale. Mais mon esprit but sur « la Franc maçonnerie ne se présent pas ». Le « se » pronom personnel réfléchi, indique que cela est la vision de franc maçons,  laissant un doute sur la vision de la Franc maçonnerie  pour l’ensemble des philosophes, sociologues, théologiens : rédacteurs de cet ouvrage. La Franc maçonnerie  est elle une religion ? Si pour les Franc-maçon  la réponse est NON ! Pour d’autres, la réponse, pourrait être : OUI  Aurait-il plusieurs niveaux de définition au mot religion ? Aurait-il un autre sens que je ne connaisse pas ? 

L’enquête est ouverte… 

Revenons sur la définition donnée par le dictionnaire des religions RELIGION : d’après la définition d’Emilie Durkheim, fondateur de l’école français de sociologie, « la religion est un système de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées. » Pour lui,  la religion est l’administration du sacré. Ce dernier  provenant de la conscience collective. Ainsi la religion expression du sacré, est créée par la société en vue de faire vivre chez chaque membre, l’esprit collectif. Pour Durkheim, il n’est plus question de transcendance. Le culte, lui même est une expérience sociale de salut qui élève l’homme au-dessus de ses expériences profanes…Me voilà bien perdu et loin du catéchisme de mon enfance. 

L’ÉTYMOLOGIE du terme religion reste incertaine. Plusieurs origines sont possibles : le premier axe : cité par Cicéron : Religio de religére = recueillir, collecter, synonyme de scrupule, de soins méticuleux. Le deuxième axe : les auteurs chrétien : Religion viendrait toujours du latin religio mais par les verbes ligare, religare, lier, relier. …. relier les hommes entre eux … à l’intérieur d’un même groupe en leurs proposant des lois et des valeurs communes. Le troisième axe : les gallo-romains A l’époque gallo-romaine « Religio » était le nom donné, à un noeud de paille particulier, utilisé dans la construction de ponts en bois. Les langues occidentales se sont données le mot : religion  pour distinguer des autres institutions sociales, l’appareil des croyances et des rites. Le mot « religion » est proprement occidental et en tant que mot il n’a pas d’équivalent dans les autres cultures. Or c’est là une initiative de rupture, contemporaine à l’écriture, qui tend à penser séparément ce qui ne l’avait jamais été auparavant. Les sociétés premières sont tellement pénétrées de surnaturel qu’il n’est pas question d’isoler la sacralité de la socialité elle-même. Un élément majeur pour répondre à la question initiale, c’est notre position géo-temporelle: Nous sommes dans une société occidentale qui ne peut renier son passé chrétien. Pour nous, le mot RELIGION est pleinement chargé de cette « occidentalité chrétienne » Cette chrétienté  qui serait à l’origine du mot religion, mais pas du concept, modèle encore aujourd’hui tous les stéréotypes que nous portons envers la religion, et notamment des caractéristiques suivantes : Dieu avec la notion de déisme Dogme avec la notion de dogmatisme religieux Croyants en opposition avec les non-croyants La notion de Sacré, souvent confondu avec divin Ces valeurs sont-elles intrinsèquement lié au concept de religion ? 

  Dieu et le déisme 

Au moyen âge, et longtemps après, en Europe occidental, seuls la religion Catholique romaine était considérée comme
La Religion. 
Aujourd’hui le mot RELIGION, c’est élargi à toutes les religions. L’importance de cette évolution permanente au cours des âges est capitale pour notre sujet ce soir, j’y reviendrai. Le « Thé-ra-vâda »  aujourd’hui forme vivante du bouddhisme ancien  est sans  divinité. A différencier et à ne pas confondre avec le  Ma-hâ-yâna, appelé aussi bouddhisme du grand véhicule  qui fait de Bouddha une divinité. Ce Bouddhisme  « source », dit du petit véhicule, nous apporte à lui seul la nécessité de dissocier le déisme du concept de religion … Le déisme n’est pas la religion mais une option de la religion. Dogme et dogmatisme 

C’est au  18éme siècle, avec le concile Vatican 1 ( 18 juillet 1870 ) ,  que le concept de « dogme »  intrinsèquement lié à la religion chrétien s’est établi , pour être ce qu’il est encore aujourd’hui. Avant cette date,  il gardait le sens disciplinaire et juridique qu’il avait dans le grec ancien et profane. Dans cet esprit, Victor Hugo a écrit «  liberté égalité fraternité, sont des dogmes de la paix et d’harmonie »  Pour le concept religion, le dogmatisme est une option

Système de croyances 

Voilà bien le plus ridicule stéréotype imposé par les religions déistes. Il n’y a pas des croyants et des non croyants, c’est pour moi,  un abus de langage. En effet, le non-croyant est celui qui croit que Dieu n’existe pas. Pour moi, il n’y a donc que des croyants. Même les franc-maçons ont leurs croyances. Leurs croyances dans les valeurs : de liberté, d’égalité, de fraternité, d’humanisme. Ils croient que la Franc maçonnerie  peut aider tous les hommes à mieux comprendre le monde sans imposer de préalable idéologique. Ils croient à l’enseignement d’une méthodologie de la connaissance par le truchement des symboles universels et intemporels. Tel est leur credo. J’utilise volontairement le verbe croire à la place du verbe penser. Pour réussir un projet tel que l’amélioration matérielle et morale de l’humanité, il ne suffira pas de penser, il nous faut aussi croire aux solutions que nous imaginons. Non, la croyance, n’est pas l’exclusivité des théophiles et des religieux  mais bien l’apanage des vivants. Pour moi il n’y a pas : les croyants et les non croyants mais ceux qui sont libres de croire (et aussi de penser) et ceux qui ne le sont pas. Le Sacré, Qu’en disent les dictionnaires : Le Larousse - Sacré: qui a rapport aux religieux. Le  Robert - Sacré : Qui appartient  à un domaine  séparé, interdit et inviolable. Le contraire de ce qui est profane. Le mot SACRE revient souvent dans les définitions du mot religion. C’est pour l’école française de sociologie, la base même des religions. La notion de sacré n’est pas optionnel mais intrinsèque au concept de religion. Etymologiquement, sacré s’oppose à profane. Chez les franc-maçons considèrent deux mondes distincts: le profane et … le maçonnique … Si nous parlons de rituels, de symboles, rien n’est qualifié de sacré. Leurs symboles ne sont pas sacrés, leurs rituels ne sont pas sacrés… Partant d’une simple question fermé : la Franc maçonnerie  est-elle une religion ? Me voici empêtré dans cette question : qu’est ce qu’une religion ? Question qui amène d’autres questions à l’infinie. Par exemples : Quelle est le rôle des religions dans l’évolution de la socialisation des civilisations ? Les religions sont-elles nécessaires aujourd’hui ? Le concept de religion à évolué  à travers les époques mais aussi à travers les individus, voir même à travers un individu au cours de sa vie. La Franc maçonnerie  a suivie cette évolution. S’il l’on se dit parfois les héritiers des maçons opératifs du Moyen Age, il faut rappeler que tous les candidats aux loges opératives appartenaient préalablement à une voie religieuse précise. Puis avec Franc maçonnerie  spéculation, et ses libres penseurs, la notion de Dieu est devenue le Grand Architecte de l’Univers Le Grand Orient en 1877 n’a plus demandé a ses membres de reconnaître  le Grand Architecte. Depuis ils ont une conception agnostique de l’humanisme initiatique: sans viser à combattre les croyances et les pratiques religieuses qui, rappelé pour eux, relèvent des convictions intérieures de chacun. Aujourd’hui, les définitions du concept «  religion » les plus anciennes sont parfois encore présentes et cohabites avec les plus récentes. Pour ma part, je ne les ressens pas différentes ou opposés mais les plus anciennes, les plus restreintes, les plus restrictives  incluses dans les plus récentes, comme des cercles concentriques avec des notions de plus en plus large. Cela part d’un point : L’individu. Puis passe par son premier « cercle de religion » celui de la communauté religieuse dans laquelle il est accepté. Mais cela ne s’arrête pas là. 

A travers le travail nécessaire pour cette réflexion j’ai pris conscience que moi même j’ai évolué dans ce concept de religion, depuis mon enfant. Depuis ma première leçon de catéchisme imposée, j’ai, par de nombreux voyages,  franchi différants cercles, élargissant, à chaque étape, mon ouverture d’esprit et ma tolérance aux autres religions, aux croyants et non croyants. A peine né de dix jours, ils m’ont baptisé dans la religion Catholique. Puis enfant ils m’ont envoyé au catéchisme, me faisant passer de mon point individuel, centre de tous mes cercles à mon premier cercle de perception du collectif. Pour mon cas c’était celui des catholiques, religions de mes parents, je n’ai pas choisi. S’ils avaient été communistes, mon approche à la religion aurait été différente. - Partageant avec Jean Calvin, à plusieurs siècles de distance, les mêmes terrains d’enfance et de jeux : la cathédrale de Noyon, son cloître, ses déambulatoires,  je me suis intéressé aux protestants, puis à la communauté de Taizé, aux orthodoxes, passant ainsi du cercle Catholique au cercle Chrétien. Ce fut ma première liberté en religion. - Adulte, un voyage aux Proche Orient, et notamment avec une visite du vieux Jérusalem, je suis passé dans le cercle des religions du livre, intégrant, Juifs, Chrétiens et Musulmans. - L’Asie m’a ouvre les yeux sur d’autres religions : le taoïsme, le shintô, l’hindouisme, les « bouddhismes ». Toujours curieux, visitant tous les lieux de cultes que j’ai croisés, je suis passé dans un cercle englobant toutes les religions, le cercle de la théologie. 
 

Aujourd’hui par cette étude, j’ai découvert le cercle suivant celui de la sociologie. De mots en mots, de définition, en définition, de dictionnaire en dictionnaire, de lecture en lecture me voici  sur un chantier qui ne sera pas fini au bout de ce texte. La Franc maçonnerie  est elle une religion ? Jusqu’au cercle englobant la théologie, la réponse est simple : non. Considérant la religion sous l’angle de la sociologie, il m’apparaît maintenant logique d’étudier la Franc maçonnerie  comme une religion. Mais j’ai bien conscience que pour les chrétien et pour les franc maçon , parfois sclérosés par tous ces stéréotypes, la religion est déisme et dogmatique dans un monde de dualité, avec son cortège d’intolérances mutuelles entre croyants et non croyants. Dans ces mondes là ; la laïcité à défaut d’être intelligentes, se fait lois. la Franc maçonnerie ne se présente pas comme une religion. 

Et pour vous qui venait de lire ce texte, comment répondrez-vous à cette question ?

Par votre réponse vous découvriez la place de vous donnez consciemment où inconsciemment à la religion, la place de vos croyances même si vous êtes athée. 

Il est intéressant de mettre en relief notre métaphysique personnelle avec cette simple question qui attire de nombreux curieux intérréssés par la formule : la franc-maçonnerie est-elle une religion ? .

La réponse n’est pas forcément simple et unique. Il faut en faire le tour, et avec les différents axes de visions et de lumières, les formes apparaissent souvent multiples et riches d’enseignements.

Avec la religion qui se perd, ce n’est pas le symbole perdu mais les philosophies égarées, qui nous faut plus que jamais entreprendre de retrouver.

 

© Michel Damien – 2008

Introduction en Philosophies Opérative  : Première Planche

 

 

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