Les philosophies du renoncement

Les philosophies comme les religions ont à leur origine pour vocation de soulager les souffrances et les peurs des individus et collectivement d’organiser les sociétés dans une entraide allant dans le même sens. La plus part d’entre elles, ont été détournées  afin de permettre aux hommes ayant les connaissances mais surtout le pouvoir : de le garder, ne laissant aux peuples que l’illusion d’y trouver dans ces philosophies et ces religions une aide pour diminuer leurs souffrances et accepter leurs sorts. Si, de par leur nature, leur concepts, leurs idées  elles n’ont pas pu subir ces perversions alors elles ont été tournées en dérision et fausses critiques afin d’être abandonnées dans l’oublie de l’ignorance. 

Ce travail  tracera un esquisse sur les philosophies du renoncement et non pas sur une philosophie du renoncement,  car il ne s’agit pas de relever une nouvelle voie de pensée ayant pour générique le renoncement mais de travail sur un outil que j’ai souvent relevé dans les philosophies et les religions et qui ne parait être mal connu aujourd’hui.  

Renoncement est le fait de renoncer par un effort de volonté et généralement au profit d’une valeur jugée plus haute Renoncer : Cesser par une décision volontaire de prétendre à quelques choses, et d’agir pour l’obtenir. Renoncement et renoncer sont des actes volontaires, c’est un point essentiel pour le reste du tracé. 

Dans notre civilisation occidentale, dite laïc, au capitalisme libéral, basé sur la société de marché, plus exactement de consommation, où le toujours mieux, toujours plus, le jamais assez sont de rigueur, le renoncement deviendrait presque tabou. Changé de négativité dans ce monde où le positivisme commercial est un miroir pour des alouettes d’un temps que l’on voudrait nous faire croire moderne. Renoncement et renoncer revoient à des stéréotypes religieux ou défaitiste 

Religieux :

Le renoncement à Satan, aux tentations du mal, à sois même pour suivre Dieux

Chez les chrétiens Marc évangile (chapitre 8, verset 34-35) :« Puis ayant appelé les troupes et ses Disciples, il leur dit : quiconque  veut venir après moi, qu’il renonce à soi même, et qu’il charge sa croix, et me suive. Car quiconque voudra sauver son âme, la perdra ; mais quiconque perdra son âme pour l’amour de moi et de l’Evangile, celui-là la sauvera. » 

Défaitiste : 

avec ses connotations négatives par les synonymes couramment admis pour renoncement et renoncer comme : abandonner, quitter, cesser, ne plus espérer, reculer, défaire, dessaisir, et sans oublier  perdre… le mot est dit, il est terrible dans une société où il n’y aurait de la place que pour les gagnants. Tel est le relevé fait dans les dictionnaires.   Les traces écrites les plus anciens où le  renoncement apparaît comme un outil de la sagesse  sont présentes à la fois dans les philosophies orientales, grecques mais aussi dans les religions comme le bouddhisme, l’indouisme et le monothéisme. 

Dans les religions judéo-chrétiennes, le renoncement le plus fort et les plus capitales écrites dans la bible, apparaît dans le livre des exodes, plus exactement dans le décalogue. Pour ceux qui aiment le mystère des chiffres verset13 :    

       Tu ne tueras point 

Prit chez les juifs dans la table de la loi des synagogues comme étant le 6éme commandement et chez les chrétiens dans leur version le 5éme. C’est pour moi le premier des renoncements, indispensable à toute vie en société, source d’une humanité possible 

Chez les bouddhistes, le renoncement est présent dés son origine. Siddhârta GAUTAMA  (ou le Bouddha, en sanskrit traduit par l’éveillé en français), vécut au VIe siècle avant l’ère chrétienne (dates probable 624 / 544 av. J.-C.) fondateur d’une communauté de moines errants[], qui deviendra par la suite le bouddhisme.  Ses principaux enseignements sont la mise en lumière des notions de l’impersonnalité de soi, de l’impermanence de la vie et de l’insatisfaction de toute chose devant conduire au renoncement (troisième des nobles vérités) face au désir insatiable afin de distinguer une réalité conventionnelle d’une réalité ultime.  À l’origine, le bouddhisme n’est pas une philosophie, mais une « leçon de choses » (Dharma en sanskrit), l’enseignement de la réalité, un exposé des faits, de la souffrance, de son origine et de sa cessation avec le renoncement comme base pour finalement atteindre le Nirvana à traduit en français par l’extinction. C’est par le renoncement absolu aux trois poisons, ou racines du mal qui sont l’ignorance, la jalousie, et la haine que doit commencer le perfectionnement du Bodhisattva  Chez les hindouistes. (L’hindouisme est l’une des plus vieilles religions encore pratiquées aujourd’hui avec plus de 900 millions de fideles. L’hindouisme est actuellement la troisième religion la plus répandue dans le monde. Son origine remonte à la civilisation de l’Indus qui naquit vers 2500 av. J.-C. Méconnue et souvent confondue avec le bouddhisme. L’originalité de l’hindouisme est de n’avoir ni prophètes ni dogmes centraux. La pratique hindouiste est issue de la tradition orale). Le renoncement est clairement décrit dans le Bhagavad Gita, écrit au II siècle av JC. En sanskrit se traduit littéralement par « chant du Bienheureux ». Elle est la partie centrale du poème épique du Mahâbhârata. Elle est considérée comme la partie fondamentale des écritures de l’Hindouisme. Voici l’extrait concernant le renoncement : … «  La connaissance vaut mieux que les pratique ascétique ; la contemplation l’emporte sur les connaissances ; et sur la contemplation le renoncement aux fruits des actes ; le renoncement conduit à la paix du salut. S’abstenir des actes qu’inspire le désir, voilà le détachement. Renoncer à tout fruit de ces actes c’est ce que les hommes éclairés appellent renoncement ». Mais le Renoncement est-il toujours d’actualité, ou une chimère du passé ? Renoncer à quoi et pourquoi ? Ces textes religieux sont si vieux. Je vous propose de revenir doucement vers nous, en prenant le temps de marquer de pauses à travers différents penseurs …   Epicure (341/270 av JC) Philosophe hédoniste Dans le quatrième remède de son tétrapharmacone :  « Il n’y a que trois sortes de désirs : Les désirs naturels et nécessaires : sont ceux communs aux hommes et aux animaux.    Les désirs naturels et non nécessaires : l’homme peu en faire son économie. S’il choisit de les satisfaire, il doit toujours s’assurer que ces désirs naturels et non nécessaires n’engendrent pas de souffrance.   Les désirs non naturels et non nécessaires : sont ceux qui n’existent pas  chez les animaux et ne sont jamais résolu par leur satisfaction. Ce sont les honneurs, le pouvoir, les richesses, l’ambition, la gloire, le luxe. Ils sont source de contrariété de l’ataraxie, Ils amènent au  « toujours plus »… sous entendu … toujours plus de  souffrance. De ces désirs vains, il faut apprendre à y renoncer pour parvenir à une sérénité. »  Contrairement au stéréotype populaire Epicure prône la juste mesure et utilise souvent le renoncement pour parvenir à la tranquillité de l’esprit. Quelqu’une de ses citations extraites des sentences vaticanes, des maximes épicuriennes et de la lettre à Ménécée : « Celui qui ne sait pas se contenter de peu ne sera jamais content de rien. » « Quand on se suffit à soi-même, on arrive à posséder ce bien inestimable qu’est la liberté. » « Il faut se dégager soi-même de la prison des affaires quotidiennes et publiques. »  « A propos de chaque désir, il faut se poser cette question : quel avantage en résultera-t-il si j’y renonçai ?» 

Epictète (née en 50 / mort en 125 AP JC) Philosophe stoïcien ; (Par son histoire , il est à l’origine de l’expression rester stoïque à la douleur)  « Il n’y a qu’une route vers le bonheur … c’est de renoncer aux choses qui ne dépendent pas de notre volonté » Grégoire de Nysse,  (331 / 394), théologien chrétien et Père de l’Église. Il écrivit Huit homélies sur l’Ecclésiaste et décrivit  le renoncement comme étant la voie qui conduit les sens à un monde de paix. Ce livre est destiné à élever, par le renoncement, l’esprit au-dessus des sens.   

Les Cathares  au cours du XIIe siècle et ils apparaissent en Occitanie avec  six évêchés cathares. Face à un clergé chrétien riche et parfois corrompu et dénonçant cette situation, cette nouvelle religion n’a aucun mal à se développer dans les classes inférieures de la population, puis à gagner les couches les plus hautes de la société. Par rapport au christianisme, les cathares considèrent qu’il existe deux principes supérieurs, le bien et le mal (Dieu / Satan). La création du monde, imparfaite, relève du mal et les cathares doivent s’extraire de leur prison charnelle pour retourner à Dieu. Pour cela, ils prônent une vie de pauvreté et de renoncement pour atteindre une perfection spirituelle  Jacob Van Maerlant  poète et écrivain  hollandais (1230 / 1300) « Quitte tout et tu trouveras tout, renonce à tes désirs et tu trouveras le repos. » 

Johann Wolfgang Goethe (1749/1832)  poète, romancier et dramaturge allemand Dans Faust … Il fait dire à Faust «  Je suis trop vieux pour me borner à jouer, je suis trop jeunes pour être sans désirs. Que peux m’offrir ce monde ? Renoncer ! Il le faut : renonce ! C’est l’éternelle  chanson qui retentit aux oreilles de chacun. » 

Poète Vietnamien Nguyen Du (1765/1820) « Le renoncement  est la racine de la joie, les passions sont les chaînes des souffrances. » 

Erick Stagnelus (1793/1823) Poète romantique suédois « Seules règnent deux lois : l’une, c’est le désir dans toute son emprise, et l’autre en sa contrainte, c’est le renoncement. Seras tu les ennoblir en liberté ? » 

Charles Périn (1815/1904) économiste belge « Le renoncement est la loi de toute créature libre … Mais il se concilie avec le principe de l’intérêt propre, il est même la condition de tout progrès dans l’ordre moral et dans l’ordre matériel. » Enfin pour arriver jusqu’à nous le poète birman

Ngwé-Tayi (1925/1958) « La lumière de la lune pénètre en moi, mais mes yeux aveugles ne la voient pas. Le grand tambour résonne jusque dans mon cœur, mais mes oreilles sourdes ne l’entendent pas. Renonce à l’amour de toi, à tes biens temporels, alors seulement tu feras de grandes choses. » 

Nous y voici, ici et maintenant, dans l’instant présent. Tout l’apprentissage, m’apparaît comme une école du renoncement et de la maitrise de ses désirs. L’élève ne doit-il pas apprendre à renoncer à l’ignorance, la jalousie et la haine ? C’est trois poisons, un des premiers enseignements chez les jeunes Bouddhistes.Trois mauvais compagons que nous avons en nous et qui pourrez tuer le futur « homme de bonne volonté »  que nous devons devenir pour construire un demain meilleur ? Nos trois plus dur renoncement. Je ne veux pas faire l’apologie du renoncement mais rééquilibrer la perspective. N’oublions jamais la dualité : au renoncement je n’y oppose pas mais j’associe l’engagement. Elle devra, pour atteindre nos objectifs, élever l’individu que nous sommes  par son engagement ou par son renoncement, toujours dans une démarche volontaire. En reprenant la chaine du géomètre si cher à Descartes, la succession de maillons qui composent notre vie, s’enchaine les uns aux autres par une question qui n’a que deux choix , s’engager ou renoncer. Mais point d’immobilisme, tout bouge, le temps ne s’arrête jamais, le renoncement est autant actif sur notre vie que l’engagement. Il est un outil de même valeur.

Le poème de Kipling « Tu seras un homme mon fils »  en est la parfaite illustration de cette équilibre entre engagement et renoncement. 

Il est clair que tous abus nui. Tocqueville est là pour nous rappeler qui ne faut pas renoncer à tous:  « C’est dans le renoncement à la liberté que se trouve le danger majeur pour la société démocratique » 

Le renoncement est un outil philosophique de la sagesse, il nous faut le percevoir et  apprendre à utiliser correctement. Bien se rappeler que l’acte de renoncement est un acte volontaire au profit d’une valeur jugée plus haute, c’est un acte d’élévation. Le français est une langue riche et précise. Je n’y vois pas de synonymes rien que des mots proches mais différents que le style nous impose d’utiliser pour alléger un texte et éviter des répétitions.

Hélas cet usage a fait que nous utilisons et connotons les mots à tort et de travers. Renoncer n’est pas abandonner, quitter, cesser. Je sais que bien les hommes modernes y entendent dans ce renoncer et ce renoncement, un acte de perdant, de défaitiste. Nous vivons sur une planète aux dimensions finies. Ce n’est pas parce qu’il ya un trou dans la couche d’ozone qu’il nous est possible d’investir l’immensité de l’espace.  Il va falloir apprendre rapidement à équilibrer nos désirs et nos renoncements afin de perdurer.

D’autant que d’autres ailleurs, plus au sud, ou plus à l’est,  aspirent à notre monde, moins douloureux que le leurs. Jean Zigler, rapporteur auprès d’Onu pour les questions de ressources alimentaires, estime que la Terre avec une organisation basée sur le développement durable et une société basée sur le commerce équitable, pourrait nourrir 12 milliards d’êtres humains, soit deux fois la population mondiale actuelle.   Pour les hommes,  ayant le souci d’améliorer l’humanité, il est clair que les philosophies du renoncement seront plus que jamais d’actualité et mérité bien une étude encore plus approfondi que ce modeste article… 

 © Michel Damien - le 10 décembre 2008

 

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