Bonjour, au revoir et merci.

Planche n° 16 

Simple comme  « bonjour », pourtant certain jour, ce n’est pas si simple de dire bonjour. La forme n’y est pas. Enervé, agacé, de mauvaise humeur, souffrant, la priorité n’est pas aux politesses. Et pourtant dans notre  moindre-souffrance les petites formules de politesse échangées jouent un grand rôle dans notre apaisement.

Bonjour, au revoir, s’il vous plait et merci, de simples formules de politesse, sont issues de la tradition. Elles font parties des règles de savoir-vivre, certains les trouvent un peu ringardes et démodées.

Nous feraient-elles perdre du temps dans cette société où tout est compté ?

Oh que non, ces échanges sont vitaux pour les êtres humains que nous sommes. Ils sont indispensables  pour faciliter notre vivre ensemble. 

 Bonjour.

-« Bonjour ! Comment ça va ? »

-« Bonjour ! Ca va et vous ? »

-« Ca va. »

Nous passons notre chemin. Nous nous sommes vu. Nous nous sommes reconnus, salués et nous avons continué notre route. Il y a eu pas plus, mais surtout pas moins.

Ce bonjour, n’est pas un simple souhait pour l’autre d’une bonne journée. Ailleurs comme dans le Valais en Suisse c’est un « adieu » que l’on s’échange en se croisant ou en arrivant. La première fois entrant dans le chalet des amis de la famille dans cette belle région du lac Taney, le «  Adieu Jean Marc »  m’avait un peu surpris. Preuve que ce n’est pas le contenu qui compte dans cette première communication. Ces premiers mots nous servent à savoir si cela passe entre nous. Ils sont comparables à un essai radio entre un émetteur et un récepteur, pour savoir si les appareils radio fonctionnent bien, s’ils sont bien calés sur la même fréquence. Nous le faisons aussi bien avec nos proches :

Est-ce que cela passe toujours entre nous ?

Ou avec des inconnus :

Est-ce que cela pourrait passer entre nous ?

Il n’y a pas d’information capitale à échanger, rien que de la conversation banale. L’important n’est pas dans le contenu mais dans la forme.

Dans la réponse à cette question : Est ce que cela passe entre nous ?

Les spécialistes en communication appellent cela de la conversation  phatique. Sur le plan philosophique, j’y vois une  recherche de sérénité, chercher à se rassurer.

Fais-je parti encore de ses connaissances, ou de ses amis ?

Répondre  à cette question vitale : Est ce que j’existe ?

Avec toujours en arrière plan, inconscient le fameux : Suis-je utile ?

Au revoir.

Au  revoir et non en revoir, car académiquement c’est la bonne écriture, même souvent de bon cœur  c’est en revoir qui est la formule utilisée. Son origine serait la contraction de l’expression : « au plaisir de vous revoir ».

Au revoir, est d’un autre ordre en communication, il met fin à un temps partagé, indique à l’autre que dans l’instant d’après nous ne serons plus là. Pour le philosophe, c’est du même ordre que bonjour, toujours et encore se rassurer.
Se rassurer contre la peur de la mort, espérer se revoir : au  revoir, à la revoyure et surtout pas « à Dieu » car nous espérons nous revoir de notre vivant. Ce « au revoir » est une des façons de vaincre un instant la mort …de la repousser autant que nous puissions le faire.

S’il vous plait.

En voilà une expression qui tend à être de plus en plus oubliée. « Et la formule magique » disent parfois les parents à leur enfant émettant un désir. Mise à la fin d’un ordre, elle n’est plus qu’une simple formule de politesse. Sans elle, la demande passe du participatif au directif. La forme impérative est reconnue pour être génératrice de stress chez celui qui reçoit la directive. Ce « s’il vous plait » fait la différence entre une demande et un ordre.

Mais est-ce une manipulation hypocrite du bon donneur d’ordre où cela va-t-il plus loin ?

Il me semble que cela va au delà de la formule de politesse. Avec ce s’il vous plait, c’est la demande respectueuse d’adhésion à une action. C’est une marque fraternelle, au sens des droits de l’homme. Elle laisse, à l’autre, la possibilité de refuser. Elle induit une notion capitale de le faire « acteur libre » de l’exécuter. C’est reconnaitre que l’exécuteur n’est pas un esclave. Il réédite l’affirmation de l’ordonnateur de poser, par ce simple « s’il vous plait », un contrat social de reconnaissance.

C’est la forme contractée de : «si cela vous plait ». De plaire à plaisir, il y a un peu d’Epicure dans cette formule : Ce qui me plait, ce qui me fait plaisir.

Il m’est arrivé, de dire, à une infirmière utilisant cette jolie formulation pour me faire des soins un peu douloureux « Non cela me fais pas plaisir, mais il le faut. C’est pour la bonne cause. Etre mieux, pour être, demain, guéri ».

Nous sommes capables de souffrir pour atteindre un plaisir plus grand. Dans le cas de soins, nous nous résignons  à subir cette épreuve, pour après ne plus souffrir. Accepter un mal pour aller vers son ataraxie, est bien dans une logique épicurienne. Et finalement le « s’il vous plait de l’infirmière » était juste car la souffrance des soins était bien pour acquérir mon plaisir dans ma guérison.

Aujourd’hui la perte de ces formules, s’il te plait, s’il vous plait, est bien l’un des signes d’un repli de la société dans un mode individualiste, où les autres ne comptent plus. L’autre est parfois déclassé, d’homme  le voici au même rang qu’un distributeur automatique de café.

Est-il là uniquement pour ME servir ?

Nous avons déjà abordé le point : l’importance de l’autre. L’importance des autres dans son bon équilibre, mais aussi, dans le bon équilibre de la société (du groupe) dans lequel nous vivons, est capital.

« Aidons nous les uns, les autres »

Ce n’est pas une question de politesse mais de survie. Tôt où tard, notre santé mentale paye très cher ce manque d’humanisme. Ce petit « s’il vous plait » est un lien social qui, au quotidien, reconnaît les autres de même valeur que nous-mêmes et nous permet de rester dans la famille des humains.

Essayons-le !

S’il vous plait continuez votre lecture.

Merci.

En voilà un joli mot de cinq lettres M.E.R.C.I.

 «  Un merci ne coûte pas grand-chose et cela fait plaisir » dit-on. Quelle dommage de le minimiser ainsi. Merci est le mot qui s’il ne coûte rien, vaut le plus dans le monde des humains.

Par ce simple mot nous indiquons à l’autre qu’il est utile…

Utile ! Être Utile ! C’est pouvoir « se sentir utile », c’est devenir libre.

Accéder au huitième barreau de l’échelle de vie proposée à la neuvième planche. Cette échelon nous fait dépasser de survivre à vivre. Ce ressenti est si important pour notre équilibre qu’il nous faut sans cesse se le faire confirmer. A chaque fois que le doute nous envahit c’est un risque de déprime qui nous attend. C’est par de simples mercis, sincères, que nous nous rassurons sur notre nécessité de vivre.  Ces « mercis » nous apportent la réponse à cette question qui harcèle consciemment où inconsciemment notre inquiétude et fait monter la pression de ma machine à « Mapeur ». : Suis-je utile ?

Voilà pourquoi bonjour, au revoir et merci, sont des mots d’une grande importance dans notre quotidien. Ils nous rassurent et donc nous aident à moins souffrir. La recherche de l’extinction de nos souffrances est l’essence même de la philosophie que je propose, en voila donc trois petits remèdes.

Bien avant cette démarche de construction d’un échafaudage philosophique, durant mes voyages professionnels j’avais pris l’habitude d’apprendre, au  moins, un mot dans la langue du pays où j’étais en mission. Ce mot était MERCI. Nos conversations étaient principalement en anglais, cet espéranto de notre siècle. Elle l’était parfois (rarement) en français mais le merci était toujours dans la langue de mon interlocuteur. Aucune de mes missions n’aurait pu bien aboutir sans l’aide de l’autre, celui qui dans son pays me permettait d’accomplir ma tâche. Je souhaitais que mon merci soit à la hauteur du service qu’il m’avait rendu. De mes tours du monde, j’ai ainsi rapporté une belle collection phonétique de merci. Je vous en offre un parmi tant d’autre, celui de Tahiti : Mauruuru

« Merci de m’être utile », voilà ce que nous devrions dire. Dans notre société occidentale de consommation, soumise à l’influence du christianisme, cela peut sembler politiquement peu correct. En philosophie opérative, cette proposition prend tout son sens, c’est un acte de reconnaissance fraternelle…

La construction de cet échafaudage se monte doucement, planche après planche, elle est loin d’être finie. Néanmoins je ne terminerai pas cette planche,  sans vous dire merci, dès à présent, vous lecteurs « Merci de m’être utile ».

Par votre lecture, vous me rendez utile. Si vous n’étiez pas présent je n’aurais pas été jusqu’à ces mots. En espérant sincèrement, philosophiquement, opérativement, sans aucune volonté de vous manipuler, de vous  être utile. Que ces réflexions, faites de planches brutes peu dégrossies, vous permettent à votre tour d’être utile aux autres. Ceux que vous aimez, mais aussi ce que vous croisez.

Encore une fois « rendons-nous utile, les uns, les autres ».

Suivez-moi sur l’étage suivant :Nos deux demi-cerveaux

 

 © Michel Damien   

Planche précédente : La Fraternité 

Sommaire d’un échafaudage en philosophie  Phil’Op            

Echafaudage de planches en philosophie     

Planche n° 16 – Bonjour, en revoir et merci    

Première esquisse le 18 avril  2009       

Dernière retouche le 31 décembre 2012

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