L’importance de la mort

Planche n°5 

Quelle place donnez-vous à la mort dans votre vie ? 

La mort et ses questions occupent les premières places en philosophie.

Dans Hamlet, quand William Shakespeare pose la question d’être ou ne pas être, c’est de la mort qu’il est question. Essayant de l’adoucir en une phrase, il ose ceci « mourir…dormir…rien de plus ».

Face à une « mer de douleurs », il se demande si la mort n’est pas préférable. La mort qui met « fin aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair ».

Face à son énumération de toutes les peines qui parfois nous assaillent dans la vie, l’injure de l’oppresseur, l’humiliation de la pauvreté, les angoisses de l’amour méprisé, etc., il oppose l’incertitude de l’inconnu de ce qui suit la mort :

« …la crainte de quelques chose après la mort…nous faisait supporter les maux que nous avons, par peur de nous lancer dans ceux que nous ne connaissons pas ». (Hamlet acte III scène 1).

Tant que la mort reste une réponse incertaine face à la souffrance, la vie reste préférable.

Face à trop de souffrance, la mort est-elle un remède ?

Reprenant le sujet de cet essai et paraphrasant Hamlet dans un langage d’aujourd’hui, je propose ceci :

Vivre ou ne pas vivre ? C’est la question.

Y a t il plus de courage à subir la violence et les souffrances d’une vie douloureuse, que de s’armer contre la mer de douleurs et l’arrêter par le geste fatal ?

Mourir…dormir…rien de plus. 

Et dire que, par ce sommeil, nous mettons fin aux maux du cœur et aux milles tortures qui sont les réponses de notre corps.

C’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur.

Mourir…dormir, dormir !  Peut-être rêver !

Oui, là est l’embarras. Car quels rêves peut-on avoir dans le sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés des souffrances de la vie ?

Voilà qui doit nous arrêter…

Si le suicide est l’une des réponses à une vie devenue insupportable, il reste à chaque fois un échec. Echec pour celui qui passe à l’acte, mais aussi échec pour tous ceux qui l’ont côtoyé. Je ne dis pas cela pour être bêtement accusateur, mais comme acteur ayant eu des proches qui sont passés à l’acte sans retour. Face à ce malheur, nous garderons en nous un éternel questionnement. Nous pouvons par un travail, avec ou sans aide extérieure, le rendre supportable, voir même discret. Mais il restera toujours présent dans notre mémoire. Vouloir croire, ou nous faire croire qu’il est possible d’oublier ce questionnement sur le pourquoi de son geste, mais aussi sur notre culpabilité est un leurre.

Le suicide  peut-on le prévenir ? Parfois sans doute cela est possible. Face a un édifice chancelant, un échafaudage de soutien est nécessaire. Mais il arrive parfois que ces supports s’effondrent eux aussi. Il faut donc rester humble vis-à-vis de toute proposition sans toutefois ne jamais renoncer à une ouverture.

Devons-nous apprendre à mourir ?

Michel de Montaigne écrit dans les essais «  Philosopher, c’est apprendre à mourir. » Il commence ainsi le chapitre 19 du premier livre « Cicéron dit que philosopher n’est autre chose que de se préparer à la mort…. ». Clef de voute des religions, elle serait notre première peur d’après les psychanalystes. 

Mais revenons à  ma question, elle n’est pas « avez-vous peur de la mort ? »  Ou bien « après la mort qui y a-t-il ? », ma question est : Quelle place donnez-vous à la mort dans votre vie ?

Depuis notre plus jeune enfance, éduqués par les adultes dans leurs propres peurs, et renforcés par le vécu de nos expériences, plaçons-nous la mort à sa juste importance ? 

Pour nous les occidentaux, de part notre culture fortement impactée par le christianisme, il nous faut, pour s’affranchir de cette influence, aller lire les réponses données chez les auteurs antérieurs au christianisme.

Reprenons la lettre à Ménécée d’Epicure qu’écrit-il a propos de la mort  « Habitue-toi … à penser que pour nous la mort n’est rien. Puisque le bien et le mal n’existent que dans la sensation, et que la mort est l’éradication de nos sensations. » C’est dans l’image, que nous nous faisons de la mort, que se trouvent nos peurs  «… Est un sot, celui qui déclare craindre la mort, non pas parce qu’une fois venue elle est redoutable, mais parce qu’il est redoutable de l’attendre…»  Par une logique digne d’un Lapalisse avant l’heure, Epicure place la mort  comme suit   «…Puisque tant que nous vivons, la mort n’existe pas. Et lorsque la mort est là, alors, nous ne sommes plus. La mort n’existe donc ni pour les vivants, ni pour les morts. Puisque pour les uns elle n’est pas, et que les autres ne sont plus…»

Aujourd’hui, « notre » société de consommation essaie de nous faire oublier la mort, de gommer notre « mortabilité », si je peux inventer ce critère qui fait que nous sommes inévitablement mortels. Paradoxalement, les médias sont là pour nous la rappeler, car elle nous fascine. Elle devient un ingrédient de choix garantissant  un bon audimat pour les radios, les télés, et un fort tirage pour les journaux.  Les chrétiens comme les autres religions, font un déni de la mort en la transcendant en une autre vie. Les Athées, à l’image d’Epicure, la rendent inexistante. Ces deux propositions diamétralement opposées ne m’apparaissent pas satisfaisantes.

L’idée de la mort reste une souffrance.

Est-ce notre mort qui est « inquiétude » ?

Est-ce l’expérience de la souffrance faites par la mort de nos proches qui nous mal ? Si nous ne les avions pas vécues, nos interrogations sur ce sujet en seraient différentes.  Les questions à propos de la mort de nos biens aimés, posent celles de l’attachement. Là encore les religions nous apportent des solutions efficaces pour surmonter nos souffrances sans pourtant éviter nos peines. C’est le signe que dans ces moments là, le doute est souvent plus intense que la foi. Je suis toujours surpris par la tristesse des enterrements chrétiens, ou est leur espérance ?  Mais je suis encore plus bouleversé par les enterrements civils qui laissent toujours un immense vide. 

Pour l’instant, cette approche de la mort reste très classique, presque académique, spéculative.  Reprenant l’idée d’Epicure que la mort n’est rien…

Que nous reste-t-il ?

Le temps de vie qui nous sépare de cet instant final. 

Ce n’est pas la date finale mais bien le temps qui nous reste à vivre qui est important. 

Comment bien le gérer ?

En limiter les souffrances ?

Prendre conscience des instants de bonheur quand ils sont et seront présents et non pas une fois passés ?

Voici des questions plus utiles et prioritaires que de se lamenter sur l’après de la dernière seconde de sa vie.

«  Vivez comme si vous deviez mourir demain, apprenez comme si vous deviez vivre toujours » est l’un des enseignements du Bouddha.

C’est pourquoi je dis que  « Philosopher c’est apprendre à vivre ».

Voici la place de la mort, au bout du bout et pas avant, voilà la règle en philosophie opérative. C’est bien dans l’espace qu’il nous reste à vivre qu’il nous faut philosopher par la recherche des enseignements dans un premier temps, puis dans l’éternel continuation et approfondissement de ses recherches.

A cela, rien d’égoïste car très rapidement nous allons trouver que les réponses, à toutes ces questions, ne peuvent exister sans l’aide, la rencontre, l’échange, le partage, avec les autres. Nous allons parler de la vie, puisque tant qu’elle est là : nous sommes vivants. 

Mais au fait … Combien de fois par jours êtes vous conscient d’être vivant ?  Avant de répondre montons suir la Planche suivante : Conscient d’être vivant

 

© Michel Damien   

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Planche n° 5  - L’importance de la mort.     

Première esquisse le 1 février  2009       

Dernière retouche le 31 décembre 2012

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