La Liberté

Planche n°10

La liberté ? Nous avons plus de dix millions de résultats en moins d’une seconde avec une recherche Google, voilà rapidement posée toute l’étendue de cette vaste question. Les définitions de la liberté sont innombrables, si nous devions toutes les compter, ils y en auraient plus que d’êtres  humains vivants sur terre. Voici celle que je propose:

La liberté c’est la possibilité de réaliser ses désirs.

Pouvoir réaliser son Vouloir.

Mais cette liberté ne peut exister que lorsque nous avons dépassé nos besoins vitaux. Etre au delà de la septième « vitalité » pour commencer à parler de liberté. 

« La vrai liberté c’est de pouvoir toute chose sur soi » Ecrivait Montaigne (1533/1592).

Une représentation parmi d’autres. 

Un professeur de physique dans mes années lycée nous répétait souvent « quand la question vous parait trop compliquée, aller vers des raisonnements simples ». Il disait aussi de la géométrie que c’est l’art de raisonner juste sur des figures fausses et qu’il ne fallait pas avoir peur d’y recourir. Parlant de géométrie en philosophie cela me rappelle Pythagore, (VIème siècle avant JC). Il est plus connu pour son théorème que pour sa philosophie. Il fût le fondateur des fraternités pythagoriciennes, un groupe de réflexion philosophique travaillant de manière ésotérique. Il dispensait un enseignement réservé à des initiés dans un lieu non ouvert aux profanes. Le contraire d’ésotérique est exotérique. La philosophie travaillée dans la franc-maçonnerie serait étudiée de façon ésotérique, les mêmes études philosophies sur les blogs seraient exotériques. La fraternité pythagoricienne est, à ce titre, souvent présentée comme une secte. Ils travaillaient essentiellement sur les nombres car ils considéraient qu’ils étaient  les clefs de toute philosophie « Tout est dans le nombre » proclamait Pythagore. Nous avons conservé d’eux leurs étoiles à cinq branches, symbolisant cette fraternité. Forme particulière d’étoile que nous retrouvons posée sur les crèches des chrétiens, mais aussi utilisée par les franc-maçons. C’est l’étoile, du shérif des westerns de notre enfance. La même étoile dans l’immensité du ciel chantée par Brel comme une étoile inaccessible, toujours la même servait de logo à la star académie.

Alors modestement, pour essayer de définir la liberté passons par la géométrie (que les littéraire ne s’inquiètent pas, je serai très léger dans le domaine). La sagesse chinoise considère qu’un dessin vaut mille mots, alors traçons :

La liberté comme relation entre les possibilités et les désirs

Traçons un premier polygone, représentant nos possibilités. Pour chacune de nos possibilités un côté. Pour sa direction, vers l’extérieur lorsqu’il ouvre vers d’autres possibilités, vers l’intérieur lorsqu’il se referme sur des contraintes. Puis traçons un second polygone, représentants nos désirs. Pour chacun des nos désirs un côté de dimensions variables, avec les petits désirs et les grands désirs. Pour sa direction, vers l’extérieur lorsqu’il nécessite beaucoup de ressources, vers l’intérieur lorsqu’il ne nécessite pas de ressource. Lorsque je parle de ressources, je ne pense pas  uniquement à l’argent.

Maintenant, superposons le polygone des désirs sur le polygone des possibilités.

 Polygones figure 1

Plusieurs cas s’offre à nous.

Première possibilité  Le plus simple et le moins douloureux, le polygone des désirs est plus petit que celui de nos possibilités et il s’inscrit dans le polygone des possibilités. L’espace entre les deux polygones est la liberté.

Ouf !  La voilà celle qui est si difficile à décrire, la voilà dessinée.  

Deuxième possibilité. Le polygone de désirs couvre complètement celui des possibilités, cas extrême où il n’y a plus d’espace pour la liberté. Pas de liberté, c’est l’aliénation totale. Bien souvent, dans ce cas, le septième barreau de l’échelle de vie n’est pas atteint, l’individu est en danger de mort.

 

Polygones figure 2

Troisième possibilité. Un côté ou plusieurs côtés du polygone des désirs recouvrent un côté ou plusieurs côtés du polygone des possibilités. C’est le cas le plus courant, il y a  des incohérences entre nos désirs et nos possibilités. Chacun de ces recouvrements partiels est un point de souffrance. A l’aide de cette figure hautement fausse et qui aurait plu à mon ancien professeur, les raisonnements justes vont être multiples et simples à établir. Certains seront des évidences. Pour retrouver de la liberté, il faut, là où il ya recouvrement, soit agrandir le polygone des possibilités, soi réduire celui des désirs. 

Augmenter ou réduire : 

Exemple : Je désir un très  grand écran plat HD-3D, je n’ai pas l’argent nécessaire. 

Pour ne pas être frustré, plusieurs possibilités s’ouvrent à moi : Je peux adapter mes possibilités à ce désir. Je cherche à faire des heures supplémentaires. Je me trouve un crédit. Je joue au loto (pas garantie comme solution). Je peux adapter ce désir à mes possibilités. Je peux acheter un écran  plus petit, plus simple. Je peux aussi  renoncer à cet achat en considérant que mon vieux téléviseur est en bon état et fait l’affaire pour le peu d’émission que je regarde. Nous sommes au dessus des besoins vitaux, j’ai donc la « liberté » ou plutôt toujours l’autodétermination, consciente ou inconsciente de mes choix, pour ajuster les deux polygones afin d’éliminer toutes zones de recouvrement pour assurer un espace de liberté sans rupture. 

Blessés ou malades.Quand nous sommes blessés ou malades, c’est le polygone des possibilités qui se retrouve réduit. Le plus souvent, inconsciemment, nous réduisons nos désirs à un seul : celui de se mettre au lit et de rester couché. Se soigner reste notre seul liberté.

Pouvoir ou Vouloir.Seulement une lettre de différence, mais chacun de ces deux verbes pourraient désigner nos deux polygones, celui du pouvoir réaliser et celui du vouloir réaliser. Ainsi pour moi, la liberté serait l’espace entre le vouloir et le pouvoir. 

Recentrer ou réorienter ses polygones

1er exemple : Suite à un accident j’ai du abandonné le football et renoncer au sport. Je me suis retrouvé une nouvelle passion, l’aquarelle. Je trouve énormément de plaisirs à peindre des paysages et à participer à des expositions.

Dans ce cas, ce choix est essentiellement une réorientation du polygone des désirs, afin d’être en cohérence avec celui de ses possibilités. 

2éme exemple : Ma passion est le surf, j’habitais dans les Alpes mais pour pouvoir pratiquer régulièrement mon hobby j’ai déménagé et retrouvé un emploi près d’une plage aux belles vagues dans les Landes.

Dans ce cas c’est essentiellement une réorientation du polygone de ses possibilités. Elles vont être nombreuses à se trouver modifiées par ce changement majeur dans ma vie. Et cela va me permettre de trouver une cohérence entre mes désirs et mes possibilités.

Le résultat dans ces deux exemples est bien de ne plus souffrir, avec un bonus « retrouver plus de plaisirs ». La sensation de liberté sera d’autant plus grande que l’espace liberté entre « possibilités » et « désirs » sera agrandi, augmenter la  moindre-souffrance encore est toujours cette même idée.Ainsi quelqu’un qui a d’énormes possibilités mais aussi beaucoup de désirs, pourra se sentir moins libre (arrive la notion de stress comme manque d’espace de libertés) qu’une personne ayant peu de possibilités mais aussi très peu de désirs.

3éme exemple :

Un riche milliardaire capricieux  face à un ermite heureux. Voilà un beau stéréotype comme une synthèse dichotomique de la philosophie. La société de consommation est terriblement hypocrite en nous faisant croire qu’elle est faiseuse de libertés alors qu’elle est génératrice de désirs. C’est bien à l’individu de créer ses possibilités, par ses aptitudes, ses connaissances, son travail et non la société qui par miracle le ferait à sa place. Nous savons que sans travail il n’y a rien. Notre belle société de consommation nous laisse croire que l’acquisition de biens et de temps libre sont des valeurs de liberté et que le travail et le renoncement n’en sont pas. A travers le jeu des deux polygones, de possibilités (pouvoir) et de désirs (vouloir) dégageant cet espace de liberté, il nous est possible de voir toutes les causes de frustrations, de mal-vivre, de souffrances que créent  le monde dit moderne dans lequel nous vivons. Aujourd’hui, il y a une réelle incohérence, la société de technologies devrait nous apporter moins de souffrance et non plus de frustrations. « Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous. » enseignait Aristote bien avant l’invention de la publicité et de la SNCF.  

La liberté est –elle relative ou absolue ? 

A travers le raisonnement proposé dans cette planche, la liberté apparaît comme relative, coincée entre les deux polygones des possibilités et des désirs. Gardons ces deux figures et poussons les dans l’absolu. Pour que la liberté soit absolue, il nous faut avoir un espace de liberté  infini. Pour cela, il nous faut avoir le polygone des possibilités poussé à l’infini et le polygone des désirs réduit à l’extinction. Tiens ! Extinction, rappelons-nous qu’en sanskrit se dit nirvana. Pour la facilité de la représentation  nous garderons un simple point le plus fin possible pour matérialiser le polygone des désirs. 

Un polygone ayant un nombre de côté infini donne un cercle de rayon infini, ainsi le polygone des possibilités est un cercle de rayon infini. La liberté absolue dans ce raisonnement pseudo géométrique se trouve être l’espace entre un cercle de rayon infini et un point matérialisant le vide de tous désirs.Les bouddhistes y verront là l’essence même de leur religion.

Pour les croyants du « livre » serait-ce la définition de Dieu ?

L’absolu se retrouverait-il dans ces transcendances ?

La transcendance ne serait-elle que d’ordre religieux ?

De nouvelles planches en perspective pour avancer dans cette réflexion  me paraissent nécessaires. 

La liberté est –elle individuelle ou collective ? 

Elle me paraît, avant tout, être d’ordre individuel, néanmoins il est possible de transposer cette réflexion utilisant les deux polygones au niveau du collectif. La figure reste toujours fausse mais les raisonnements seront justes, multiples, simples à établir, et ne nous étonnons pas si certains sont des évidences criantes. Une redite ? Non, je referme le cercle. 

Voilà pour une première et rapide approche personnelle sur la liberté, il faudrait bien d’autres planches pour l’échafauder correctement.

Avez-vous remarqué que j’ai parlé de renoncement. Pour vous, renoncer est un acte positif ou négatif ? 

Allons ne nous attardons pas et passons à la suivante :Le renoncement

 

 

© Michel Damien

Planche précédente : La pyramide de Maslow et l’échelle de vie 

Sommaire d’un échafaudage en philosophie  Phil’Op              

Echafaudage de planches en philosophie   

Planche n° 10 – La liberté.  

Première esquisse le 8 mars  2009.   

Dernière retouche le 31 décembre 2012

 

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