La médiocrité

Planche n°25 

« La nature nous a donné deux oreilles et une langue  afin que nous écoutions le double de ce que nous disons » (Zénon de  Cittium – 325/264 av JC)

La fatigue, les contrariétés ne suffisent pas pour expliquer le manque de sérénité de notre société, de ses individus, et de nous-mêmes ; 

Une troisième racine profonde apparaît sur l’arbre des causalités de ce désordre permanent, la voici nommée : la médiocrité. Elle est un frein majeur  à notre élévation intellectuelle nécessaire pour faciliter notre moindre-souffrance. C’est une pollution spirituelle des plus nocives

La société occidentale, qui se veut technique, basée sur le capitalisme et la consommation, nous impose mille et un freins à notre élévation spirituelle, nous plombant dans la médiocrité. Télévisons, radios, presses, magazines, gadgets à vendre, en tous genres, sont proposés, pour notre plus grand « bonheur », par des marchands à la recherche uniquement de leurs profits monétaires. Tout ce cirque commercial nous fait danser dans un rythme à contre mesure de notre sérénité. Dans un jeu de frustration, de « je veux toujours plus », l’homme s’auto-pollue  à en perdre son chemin, sa voie de tranquillité. Celle qui le conduirait au bonheur intarissable de son ataraxie. 

Par leurs propositions, tous ces marchands de faux et de semblants, augmentent nos désirs. Désirs pas toujours réalisables, cela nous amène à vivre des contrariétés, parfois sous forme de frustrations. Par le bruit de musiques commerciales, bruyantes, diffusés à longueur de magasins, de radios dites libres ou pas, d’ipod, Mp3, en imposant à longueurs de journée leurs rythmes, ils augmentent notre fatigue, tout en sapant une partie de notre concentration. Par la médiocrité de leurs propos, pour un bonheur soit disant atteignable, ils nous prennent pour des idiots. Ils nous font croire, qu’avec un peu d’argent, souvent quelques euros accompagnés de  99 centimes, ce n’est pas si cher, face au bonheur espéré. Ce bien, nouvellement désiré, sera à vous, il suffit de peu pour l’avoir, sinon gare à la contrariété de ne pas l’avoir. Tous ces marchands anesthésient notre esprit, nous prenant pour les abrutis que nous sommes (parfois / souvent) devenus. 

Sont-ils des voleurs d’esprits par une unique volonté mercantile poussée au delà des limites de l’humanisme, où bien tout cela est-il savamment calculé, par ceux qui possèdent le pouvoir marchand, pouvoir de l’argent, afin de garder la mainmise sur un peuple qu’ils souhaiteraient docile et servile ? 

Et si cela étaient les deux, avec plus ou moins de succès. Cela rend possible encore un espace de liberté pour chacun de nous. Par le même processus, cela rend viable et pérenne cette situation paradoxale qui pousse l’homme d’aujourd’hui, dans cette société occidentale, par les jeux d’une fausse indépendance et d’une fausse autonomie, à être plus individualiste, plus égoïste, plus seul, et pas tant heureux que cela. La souffrance morale est souvent au rendez-vous et le « j’en ai marre »  en est l’un des premiers symptômes. 

L’enrichissement matériel est-il compatible avec l’enrichissement spirituel ?

Dans cette société très technique et complexe, il nous faut arriver à prendre ce recul nécessaire à l’élévation de notre pensée pour enfin être éveillé au véritable monde et à toutes ses beautés que la nature nous offre chaque jour. Je le crois encore possible. C’est le challenge de ce troisième millénaire, pour notre société occidentale qui inexorablement est en train de se déchristianisée tout en se « déspiritualisant ». Là est probablement le mal et le danger pour nous, mais aussi pour nos démocraties et les libertés qu’elles permettent. Toutes les sirènes du consumérisme endorment l’esprit agissant tel des anesthésiques. Pour avoir voulu supprimé « Dieu » dans un monde que l’on souhaitait laïque, confondant souvent laïcité et anticléricalisme, nous avons fini par jeter la spiritualité nécessaire au bon équilibre de nous-mêmes et de cette société. 

Voila donc toute notre médiocrité ! 

La référence aujourd’hui du bonheur s’appelle loisirs. Le travail a perdu son sens d’élévation, ses lettres de noblesse. Il est souvent présenté comme une contrainte, chaine de notre esclavage d’individus pas assez fortunés pour vivre sans travailler. 

Esclave peut-être le sommes-nous, mais de qui ?

Et quelles sont nos chaines ? 

A entendre dire que nous sommes libres et à nous voir courir dans les grandes villes, du soir au matin, entre son travail, ses désirs d’achats, ses contraintes de vie privée, il apparaît que nous avons la même liberté que les vaches de ma Normandie, à savoir la limite des frontières de notre pré, clôturé par de solides rangées de barbelés. 

La liberté n’est donc pas dans cela, elle est ailleurs. Je la vois dans l’acquisition de connaissances.

L’expérience de Chris McCandless, décrite dans le livre de Jon Krakauer « Voyage au bout de la solitude », portée à l’écran par Sean Penn « Into the wild » en est la parfaite illustration. La limite de notre liberté est exactement celle de notre connaissance. Ce jeune homme, passionné par les théories d’ Henry David Thoreau, a cru qu’il avait assez de connaissances pour vivre une pleine et entière liberté. Sa liberté s’arrêtera là, où s’est arrêté ses connaissances.

Courir tel un gros bœuf  au milieu de son pré, voici l’homme moderne au milieu de la ville. Il se croit libre, est-ce un bien ? Prenons un exemple, encore une métaphore routière : Rouler hors des limites de vitesse, entre deux radars, ne constitue en rien la liberté. Cela ne contribue même pas à son ataraxie, bien au contraire. Je la vois comme une fuite en avant, une ivresse permettant l’anesthésie de sa raison. La vraie liberté n’est pas celle de rouler encore moins vite que celle imposée par les limites de vitesse ?

Il faut trouver son juste rythme afin de préserver notre moindre-souffrance, du stress engendré par une conduite excessive. Il faut refuser les contrariés liées aux comportements des autres. Elles ne font qu’augmenter notre adrénaline. Dans ces situations, cette hormone est sécrétée en excès pour faire face à une situation faussement agressive imposée par un rythme inadapté pour nous.

C’est par un travail libératoire et non aliénant qu’il nous faut réagir tout au long de notre vie afin de repousser les limites de notre pré. Cela nous devrions le faire toujours avec une rigueur obstinée, à savoir un travail quotidien. C’est ainsi que nous arriverons à sortir de notre médiocrité, à nous élever et prendre suffisamment de distance. Nous y trouverons là une garantie à notre moindre-souffrance. Il ne faut pas finir noyés par les vagues successives de bêtises humaines. 

«  Celui qui ne progresse pas  chaque jour, recule chaque jour ».

Aphorisme du café du commerce ?

Non, c’est celui d’un philosophe : Confucius.

Il  faut, jour après jour, nous élever de l’ordinaire, et passer dans des niveaux supérieurs. Grimper dans notre progression comme sur un échafaudage de planche en planche. Tel est l’outil philosophique qu’il nous faut monter pour construire l’édifice que nous sommes et non pas un édifice que d’autres sans scrupules aimeraient que nous soyons pour augmenter leur profit marchand. 

S’élever, s’élever, s’élever, à le dire ainsi nous allons finir par nous envoler.

Et si nous parlions plutôt de La transcendance

 

© Michel Damien    

Planche précédente : Les contrariétés. 

Sommaire d’un échafaudage en philosophie  Phil’Op       

 Echafaudage de planches en philosophie   

Planche n° 25 –  La médiocrité 

Première esquisse le 10 octobre  2009      

Dernière retouche le 31 décembre 2012

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