Page

L’égalité

Planche n°14 

Dans cet échafaudage qui développe,  comme idée maîtresse la recherche de la moindre-souffrance, ma première réflexion, sur l’égalité est celle face à la souffrance. Devant la douleur nous ne sommes pas tous égaux.

Mais qu’est ce que l’égalité ?

La référence qui revient souvent est l’article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948, rédigée et signée par les cinquante huit états membres qui constituaient alors l’assemblée générale.

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. 

Mais l’égalité existe-t-elle ?

Par mon métier, j’ai eu la chance de beaucoup voyager, ce fut  mon école de philosophies, plus buissonnière qu’académique.

Au nord en partant d’Iqaluit au Nunavut, jolie nom qui se trouve bien sur terre (province indépendante du Canada, pays des Inuits)  jusqu’au bout de l’Afrique, au cap de Bonne Espérance, si bien nommé pour celui qui aime philosopher.

J’ai vu un coucher de soleil, tranquillement assis sur une plage de Tahiti et son lever, fièrement debout sur le quai du port de pêche de Tokyo parmi les caisses de thons fraichement débarquées.

Durant ces voyages, j’ai rencontré l’être humain le plus digne de la terre, un enfant de sept, huit ans. Il avait pour unique vêtement un fil de laine orange noué à sa taille. Je le revois souvent, errant dans ma mémoire, immobile au milieu d’une foule active d’un marché de la banlieue de Dhaka.

Sur les bords du Brahmapoutre, j’ai rencontré l’homme le plus pauvre de la terre, ainsi se présentait-il. Nous avons discuté longuement sur la misère et la pauvreté. Il m’a appris à en faire la différence. Le quittant, le voyant drapé de sa sagesse, je ne savais plus qui était le moins riche des deux.

Une fois, allant trop loin, j’ai dû porter un gilet pare-balles, moi qui ne suis pas soldat. Je me promenais parmi des femmes et des enfants qui n’en portaient pas. C’était dans un matin flou de Mogadiscio, après une nuit pleine de pétarades d’armes automatiques et de ballets d’hélicoptères lançant des grenades éclairantes à la façon d’Apocalypse Now.

J’ai vu Damas et la grande mosquée des Omeyyades, avec sa relique de Jean le baptiste (saint chrétien et aussi l’un des  prophètes de l’Islam – يحيى   Yahya).

J’ai vu Beyrouth, dans ses années obscures, traversant à la hâte, caché dans la cabine d’un vieux camion, les yeux grands ouverts, les camps de Sabra et Chatila.

J’ai vu Jérusalem, son mur des lamentations surélevé de la mosquée du dôme du rocher, les juifs et les musulmans si près et si loin à la fois.

J’ai vu Ramallah ses pierres et ses enfants.

J’ai contemplé les pyramides de Gizeh, la grande mosquée d’Islamabad, les temples d’Angkor-Vat fraichement libérés des khmers rouges, le site de Teotihuacán, le Vatican, les temples bouddhistes d’Hanoï, de Tokyo, de Bangkok, de  Phnom Penh, et je ne sais toujours pas si Dieu existe ou pas.

J’ai survolé beaucoup, foulé trop peu de déserts.

Je suis passé dans les pays communistes, et j’y est vu la tristesse d’Alma-Ati au Kazakhstan, les petites vendeurs de cartes postales à Hô-Chi-Minh-Ville, les mendiants dans les rues de Pékin.

Je suis descendu dans les plus grands hôtels du monde mais aussi dans les plus petits, au gré des missions, de la fatigue, si souvent, mauvaise conseillère.

Je ne dis pas cela pour me vanter, il me reste encore “beaucoup à voir”,  à apprendre et encore plus à comprendre. Je le dis seulement pour offrir ce témoignage crédible de dix ans de voyage : l’égalité n’existe pas sur terre, du moins pas sous la forme matérielle, quantitativement, ou qualitativement.

Tournant et retournant cette question durant la semaine, un souvenir m’est revenu. Je me revois traversant un village du maçonnais, m’arrêtant pour laisser passer un corbillard et sa traîne de vivants endeuillés. Il était très long ce cortège. Je n’en avais jamais vu d’aussi long. Qu’il devait être aimé ou puissant celui qui était si suivi. Tous derrière et lui devant comme le dit la chanson du petit âne gris.

L’égalité serait-elle post mortem ?

Pour l’athéiste oui sans aucun doute, le « rien qui suit la mort » est égal pour tous. Dans ses souvenirs entomologiste, Jean Henri Fabre écrit « L’égalité, la seule égalité en ce monde, l’égalité devant l’asticot.»

Mais pour les théistes, les déistes, quelques soit leurs livres de référence, l’égalité n’est pas toujours au  rendez vous après la mort. En fonction de la qualité vertueuse de votre vie, votre « Après » sera doux ou douloureux !

Mais où est donc l’égalité ?

L’égalité, je ne la vois pas ni dans la vie, ni dans la mort, reste la survie cette espace entre vie et mort.

Avant de  vivre, l’homme doit d’abord survivre.

Pour ce faire nous devons impérativement assurer sept fonctions vitales sinon nous mourrons : Les sept « vitalités »  indispensables à tout homme vivant.

Les six premières sont évidentes, à quelques écarts prêts, nous pourrions y voir l’égalité entre tous les hommes.

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux… »

Nous avons vu que la liberté est possible que si nous avons réalisé les sept nécessités vitales. Il nous faut atteindre le huitième barreau de l’échelle de vie, Il n’y a pas de liberté avant, rien que de la recherche et des efforts pour la survie.

Cette survie serait-elle le temps d’égalité pour tous ?

La réponse ne me semble pas évidente et amène une autre question.

Face à ces nécessités vitales sommes-nous tous égaux ?

La difficulté de  leurs réalisations n’est pas la même pour les habitants de cette terre.

En France, dans cette Normandie d’où s’écrit ce texte, trouver de l’eau ne pose aucun problème, nombreux sont les « ailleurs » où c’est le souci majeur.

Mais où est donc l’égalité ?

Reste la septième vitalité  de  l’échelle de vie que je vous ai proposé dans la neuvième planche : se sentir utile. Ce besoin vital de « se sentir utile » est nécessaire à tous les hommes.

Ce point commun ne serait-il pas l’égalité tant recherchée ?

Au bout de tant de chemins parcourus je le crois.

En  reprenant La pyramide de Maslow où l’échelle de vie que je propose dans cet échafaudage, la liberté et l’égalité trouvent leur point de départ et leur limite.

Liberté et égalité, l’une démarre quand l’autre cesse…

La liberté et l’égalité ne seraient donc pas miscibles entre elles.

Que dire alors de cette devise «  liberté, égalité fraternité » ?

Et si nous allons en discuter sur la planche suivante:La Fraternité

 

© Michel Damien    

Planche précédente : L’influence du christianisme  

Sommaire d’un échafaudage en philosophie  Phil’Op                

 Echafaudage de planches en philosophie   

Planche n°° 14 – L’égalité.    

Première esquisse le 30 mars  2009    

Dernière retouche le 31 décembre 2012

jerome2008 |
AHL EL KSAR |
pachasirdarlin |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Variations fugitives
| kaleidoscope
| Vol d'un voilier et persécu...