Nos trois mauvais compagnons intérieurs.

 Planche n° 28

Prenons le temps de revenir sur un enseignement du Bouddhisme, il est question des trois racines du mal qui sont l’ignorance, la jalousie, la haine. Cette dernière est parfois traduite par la colère, enfin la jalousie. La maîtrise de ces trois poisons  (ainsi nommés dans le bouddhisme) est l’un des enseignements que doit acquérir le jeune moine prétendant au nirvana avant même la prise de conscience de l’impermanence de la vie. Sans le renoncement à ses trois «poisons»  il n’est pas possible au bouddhiste d’acquérir leurs maîtrises.

Cette approche bouddhiste me paraît être universelle. Il nous est facile aujourd’hui de faire une mise en parallèle des religions et des philosophies dans un esprit laïc et adogmatique. Nous trouvons dans cette méthode d’étude des valeurs communes. Elles sont souvent symbolisées par des signes souvent proches, voire identiques qui nous permettent de mettre en lumière la notion de valeurs universelles. Les écrits sur la symbolique sont pleins de ces raisonnements. Ils sont des butinages par delà les temps et les frontières des hommes. Ils se réalisent dans la richesse des cultures et rituels d’ici et d’ailleurs. C’est à travers ces connaissances que nous pouvons progresser  pour mieux nous connaître. Je reste dans cette logique : moins souffrir et être plus serein dans notre quotidien. 

Cela dit, il est temps de s’attaquer à ces trois mauvais compagnons de notre intérieur, avant qu’ils tuent le bon maître qui est en nous et qu’il nous faut révéler. Quand j’écris maître, ce n’est pas une question de « pouvoir » mais de « pouvoir faire ». Par maître j’entends celui qui maîtrise. La seule domination qui nous apportera la moindre-souffrance, c’est la domination sur nous mêmes et en aucun cas la domination sur les autres.

 « La convoitise est une imperfection qui souille l’esprit. La haine est une imperfection qui souille l’esprit. L’illusion est une imperfection qui souille l’esprit » (Bouddha – 530/480 av JC) 

Les voici donc ces trois poisons, passons les à notre analyse.

De l’ignorance : Kofi Annan déclare que « C’est l’ignorance, et non la connaissance, qui dresse les hommes les uns contre les autres. ». Ces ignorances sont des sources importantes de nos souffrances. Les combattre est donc une nécessité de tout premier ordre. Il ne faut pas nous voiler la face, il y a nos ignorances mais aussi celles des autres. C’est un tout que nous ne pouvons dissocier. Par nos ignorances nous apportons de la souffrance, par l’ignorance des autres nous recevons de la souffrance.

Voilà la raison de ce travail à fournir, toujours la même et unique raison primaire qui nous a fait sortir de notre caverne pour bâtir un monde technique si complexe : moins souffrir. 

 « Ignorance est mère de tous les maux. »  Ecrivait François Rabelais  (Extrait de Cinquième Livre). Le Bouddha avait fait le constat suivant « Une conscience troublée par les désirs ne peut se libérer. Une sagesse troublée par l’ignorance ne peut se développer. » Lao-Tseu nous enseigne que  « C’est en apprenant que l’on mesure son ignorance. », Benjamin Disraeli développe la même idée « Etre conscient de son ignorance, c’est tendre vers la connaissance. » Tout comme Charlie Chaplin, dans extrait de Ma Vie « Il faut apprendre, non pas pour l’amour de la connaissance, mais pour se défendre contre le mépris dans lequel le monde tient les ignorants. ».

Il nous faut donc « simplement » pour combattre nos ignorances, apprendre chaque jour, avec une constante lucidité et une fidèle persévérance. Nos ignorances, obstruent sournoisement, notre vision claire de tous les jours. Quant à l’ignorance des autres, nous sommes comme les « grands » singes de nos origines. Si nous voulons construire une humanité meilleure, il nous faut commencer par ce qui nous est le plus proche…encore plus proche, nous mêmes. Il nous faut être ce que nous attendons des autres, le mimétisme finira par faire le reste.

Plus il y aura « d’humanistes », plus la terre sera humaniste. Car comme tout les singes, intellectuellement le plus développé l’homo sapiens-sapiens, le « préféré de Dieu », n’apprend, ne se corrige, ne s’élève que par mimétisme.

De la jalousie : Hélas combattre son ignorance ne suffit pas si nous restons jaloux des autres, notre souffrance ne s’éteindra pas. « Si on ne voulait qu’être heureux, cela serait bientôt fait. Mais on veut être plus heureux que les autres, et cela est presque toujours difficile parce que nous croyons les autres plus heureux qu’ils ne sont. Il faudrait convaincre les hommes du bonheur qu’ils ignorent, lors même qu’ils en jouissent. Un homme n’est pas malheureux parce qu’il a de l’ambition, mais parce qu’il en est dévoré.» nous enseigne  Montesquieu (1689/1755).

Et revoici Epicure comme référence pour nous donner de bonnes raisons de ne plus jalouser  « Il ne faut jalouser personne ; car les hommes de bien ne méritent pas d’être jalousés, et les hommes mauvais, plus leur fortune est bonne, plus ils se corrompent eux-mêmes. »  (Extrait de Sentences vaticanes) 

Et Montaigne de dégager la gravité de ce mal qu’est la jalousie « La jalousie est de toutes les maladies de l’esprit celle à qui le plus de choses servent d’aliment et le moins de choses de remède. » (Extrait des Essais)

La encore c’est un travail au quotidien qu’il nous faut mener, en s’appuyant sur les philosophies du renoncement. Apprendre à regarder ce qu’il y a de beau, de simple, s’imposer quotidiennement un rendez-vous avec ses sens : regarder, sentir, goûter, toucher, écouter, l’ordinaire qui nous entoure et qui est à notre porté si proche. C’est si facilement que nous pouvons passer des jours sans le faire. Un soleil jouant sa lumière avec un nuage, un verre d’eau bu dans un moment de grande soif, le silence à la sortie d’un moment trop bruyant, la douceur d’une poignée de main qui vous salue, un parfum subtil rompant un instant le brouhaha d’un monde qui nous fait courir trop vite. Voir dans tout cela les vrais valeurs à reconquérir, et dans celle que nous jalousons, des chemins vers plus de souffrances. Alors maitrisant cela, nous nous ouvrions la porte vers une sérénité possible. 

De la haine : Combler ses ignorances, maitriser ses fausses routes en jalousie ne sont pas suffisants, reste la haine, ce dernier de ces trois mauvais compagnons qu’il nous faut guérir à tout jamais. Bouddha a posé, sur cette maladie de l’âme, le juste et seul remède

« Puisque la haine ne cessera jamais avec la haine, la haine cessera avec l’amour. » …

Sophocle écrit dans le même sens :

« Je suis né pour partager l’amour et non la haine. » 

Mais dire qu’il suffit d’aimer pour ne point haïr est simple à écrire et à dire.

Comme est ce possible pour celui qui martyrisé, a souffert jusqu’à en haïr ses bourreaux ?

Les religions ont alors proposé le pardon, mais est-il possible de tout pardonner ?

Un proverbe algérien nous permet de voir une piste dans cette maitrise de la haine nécessaire pour créer une rupture avec cette souffrance « L’amour et la haine sont un voile devant les yeux : l’un ne laisse voir que le bien, l’autre que le mal. ». 

Cela serait-il donc uniquement une question de regard ? 

Un être humain humilié, blessé, torturé, souvent devient haineux et blessant à son tour. Il est haï par celui qu’il vient de blesser. La haine est une chaine rouillée par le temps des souffrances, composée de maillons haineux, victime du maillon précédant, et coupable sur le maillon suivant. C’est un cercle vicieux où les victimes deviennent bourreaux. Il nous faut impérativement rompre à la moindre occasion toute formation de haine. Aussi petite qu’elle apparaisse et chercher à briser les chaines de haines déjà formées. 

Pour casser des cercles de haine il nous faut construire un cercle d’amour. 

Là est la raison primaire de cette nécessité. Cela peut sembler naïf de s’aimer les uns les autres, même si dieu n’est plus ou n’est pas, mais avons-nous un autre choix ?

Ainsi nos trois mauvais compagnons nous quitteront, nous libérant de ces trois poisons mortels pour l’individu que nous sommes. Ces trois là sont aussi mortels pour l’humanité dans laquelle nous vivons.

Montons sur la planche suivante: philanthropie, misanthropie, ou l’art d’aimer

 

© Michel Damien    

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Echafaudage de planches en philosophie   

Planche n° 28 -  

Première esquisse le 4 avril 2008 

Dernière retouche le 31 décembre 2012

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