vers un atomisme adogmatique

Planche n° 30

Deux mots qui peuvent paraitre barbare, j’espère qu’à la fin de cette planche ils ne le sauront plus.

Un atomisme…

L’histoire que je vais vous conter se passe au 4ème siècle avant JC. Leucippe philosophe présocratique grec (v. 460 – 370 av. J.-C.), émis l’idée suivante : Prenez un fruit, nous prendrons une pomme par exemple, ce fruit symbole de la connaissance.Coupez-la en deux….

Puis prenez cette nouvelle moitié, cette moitié coupez là en deux.

Puis prenez cette nouvelle moitié, cette moitié coupez là en deux.

Puis prenez cette nouvelle moitié, cette moitié coupez là en deux.

Puis prenez cette nouvelle moitié, cette moitié coupez là en deux.

 

Continuez ceci indéfiniment ….

Enfin presque car il arrive un moment où l’on ne peut plus couper.

Parlant de cette dernière coupe, Lactance (philosophe chrétien du IVème siècle) écrira « les deux parties obtenues sont si ténues, qu’il n’y a pas de lame de fer assez fine pour pouvoir les couper et les diviser. Leucippe leur a donné le nom d’atome. »

Atome du grec ancien « átomos », « que l’on ne peut couper».

Cette théorie a influencé tous les philosophes, soit pour la développer, soit pour la combattre. Peu de gens aujourd’hui parmi le grand public la connaissent. Elle me paraît être un grand tournant dans la pensée des hommes. Elle sera étayée scientifiquement par les travaux de John Dalton, vingt quatre siècles plus tard !

Le monde n’est fait que d’atomes et de vide. Nous ne sommes qu’un agglomérat provisoire d’atomes, tout comme le monde, tout ce qui est sur la planète Terre. Toute notre galaxie n’est composée que d’aggloméras provisoires d’atomes  « immortels » flottant dans du vide par le jeu des énergies.

Convaincu de cette idée, pour certains philosophes alors il n’y a plus place pour les dieux, pour un Dieu, il n’y a plus d’autre monde ou comme en parle les philosophes : d’arrière monde, possible.

Pour Michel Onfray, « Leucippe arrime les hommes à la seule dimension du réel». L’âme devient uniquement matérielle. Tous ces philosophes seront classés comme philosophes matérialistes. Le passage de la philosophie portée par des mythes (mythos) à la philosophie portée par la raison (logos), commence par l’étude de la nature. Elle essaye d’établir des lois expliquant ainsi la mécanique du monde. Des philosophes comme Thales et Pythagore sont plus connus aujourd’hui par nos collégiens pour leurs théorèmes que pour leur philosophie, et pourtant ce sont aussi de grands philosophes.

A partir des atomistes, s’opère une mutation lente et j’ose espérer, pour plus d’humanisme, inachevée,  celle de la civilisation du mythos (le mythe, la légende, le conte)  en civilisation du logos (les sciences, la raison).

Leucippe aura pour élève Démocrite. Ils inspireront de nombreux philosophes. Pour les auteurs anciens nous trouverons Epicure, Diogène Laërce, Lucrèce, pour les modernes Hegel, Nietzsche, Heidegger, Bachelard et Marcel Conche. Mais il aura aussi énormément de détracteurs, Platon, Aristote, Lactance, sans oublier les pères de l’église chrétienne. Car cette théorie donne à penser que l’âme et le corps ne font qu’un. De prime abord, elle ne donne pas de possibilité à l’âme de quitter le corps après la mort pour gagner les cieux. La résurrection dans une vie éternelle, dans un au-delà, n’est pas envisageable avec les théories matérialistes. De là, les défenseurs du dualisme et de la vie éternelle ont poussé dans les oubliettes du temps la pensée philosophique des atomistes, notamment dans les « mondes » juif, chrétien et musulman.

Démocrite (460-370 avant JC) nous enseigne que  « Rien ne vient du néant, et rien, après avoir été détruit, n’y retourne. Les atomes se déplacent dans tout l’univers en effectuant des tourbillons et c’est de la sorte que se forment les composés : feu, eau, air et terre. » Ainsi ces atomes sont immortels, thèse aujourd’hui mise en équations, en théories, en démonstrations et expériences par les scientifiques les plus réputés. Aujourd’hui nous savons que l’infini qui nous compose est de la même essence que toute la nature, et tout est fait comme cela. Un arbre est constitué d’atomes ayant déjà servis à réaliser d’autres « matières » pour d’autres vies, et ses atomes qui le composent, serviront, quand cet arbre sera mort, à fabriquer d’autres vies. Il en est de même pour nous. Nous sommes faits uniquement d’éléments ayant déjà « composés » d’autres vies. Et nos éléments constituant notre corps après notre mort, après ce temps de dé-com-po-si-tion, iront se recomposer dans d’autres vies. Nous sommes à la fois un agglomérat d’éléments qui ont servi les vies passées et qui serviront les vies futures.

C’est une évidence pour notre siècle, mais quant fait-on ?

Nous ne l’utilisons guère plus que nos ainés de la Grèce antique

A y regarder de plus près, nous pourrions croire que nous en faisons moins.

Nous ne venons pas de la nature, nous sommes dans la nature.

L’eau que je contiens pour ma vie, un jour sera libérée de mon corps.

Tout n’est que provisoire à commencer par notre vie.

Voila une théorie qui plait aux athées. Tout n’est que matière, vide et énergie.

Mais est ce pour autant suffisant pour en finir avec les Dieux ?

Stephen Hawking (1942/ 1988) dans Une brève histoire du temps, nous donne son avis sur ce sujet

« Tant que l’univers aura un commencement nous pouvons supposer qu’il a eu un créateur. Mais si réellement l’univers se contient tout entier, n’ayant ni frontières ni bord, il ne devrait avoir ni commencement ni fin : il devrait simplement être. Quelle place reste-t-il alors pour un créateur ? »

Et si justement elle se tenait là, la place du divin.

Où cela, puisqu’il n’a plus sa place ?

Dans le vide ?

Ce vide, si mal défini, est souvent confondu avec le « rien » à l’Occident et si complexe à comprendre à l’Orient.

Ainsi Dieu  serait partout puisqu’il y a du vide partout.

Dieu serait dans la nature. Et si dieu était la nature ?

Deus sive natura  et revoilà la question de Spinoza posée.

… adogmatique

L’agnostique, que je suis, ne trouvera pas de réponse définitive à toutes ces questions. Ici il n’y a pas de vérité absolue, mes propositions ne sont que des invitations à approfondir la réflexion. La Vérité est à l’image d’une immense statue d’une religion méconnue, à demi enterrée au milieu d’une végétation dense. Pour pouvoir commencer à faire le tour de sa partie visible, il faudrait débroussailler ses alentours. Une fois complètement dégagé il resterait encore la partie sous terre que nous ne verrions pas. Une fois sortie de terre, cette statue serait encore plus énigmatique. En écrivant cela, je me vois arpentant le temple d’Angor Vat, au Cambodge, dans les années 80.

Dans l’état de nos connaissances actuelles aucune vérité ne peut être absolue. La vérité d’un jour, peut être fausse le lendemain. Mais ce qui fut vrai hier, faux aujourd’hui, sera peut être une partie de la vérité de demain. Leucippe et ses atomes « incoupables » sont là pour étayer mes propos. Pour moi la seule certitude est l’incertitude de tout. Cette dernière phrase peut être perçue comme une affirmation ce qui serait paradoxal pour qui parle adogmatisme. Sur ces planches je ne fais que des propositions rien de plus, ici point de dogme. Tout est amendable, car tout reste encore incomplet. Votre réflexion sera là pour l’enrichir. Mais cela ne suffira pas, elle doit être partagée et enrichie par les réflexions des autres qui à leurs tours iront complétés leurs propos en les confrontant avec les idées d’autres personnes. Alors seulement naitra un début de vérité. Tel est le sens de mon « adogmatisme ».

En philosophie, le chemin n’est-il pas plus important que l’objectif ?

C’est lui qui nous construit, nous élève. Cependant, il nous faut garder en mémoire qu’il peut aussi nous rabaisser, nous détruire. Cela, va dépendre des routes que nous choisissons à chaque carrefour de notre vie. Ces choix, nous croyons les faire, soit par hasard, soit par volonté, soit par cette étrange logique du “moins pire »; ceux-ci ne font que répondre à la logique de la moindre-souffrance.

Agglomérat provisoire d’atomes

Nous sommes des agglomérats provisoires d’atomes. Oui j’en ai l’intime conviction. Pourtant le doute m’envahit à penser hativement qu’à la fin de cette vie provisoire, tout de moi, tout de vous, tout de ceux que l’on aime, mais aussi des autres, aura disparu.

De ce doute, qui fait à la fois la force et la faiblesse des agnostiques, il restera toujours l’ultime question:

Et après ? 

A laquelle je n’oublie pas la question associée :

Et avant ?

Le cercle se referme, prenant la forme du mystère, élévant l’homme à le perdre dans ses réflexions spirituelles. La pensée prend de la hauteur. Elle fait des êtres humains un “autre chose” qu’un être vivant de l’ordre des animaux, lui donnant la possibilité de “monter “ en agapé.

La possibilité de l’espérance, mais aussi de commencer à construire un monde de moindre-souffrance.

Pour les athées il n’y pas de vie avant, ni de vie après.

Pour les Déistes et les théistes du livre, il y a  une vie après.

Pour les Bouddhistes il y a  une vie après mais aussi une vie avant.

La pensée atomiste rejoint les Bouddhistes pour ce qui est des éléments  nous  constituant. Pour l’âme immortelle le débat reste ouvert.

Pour nos atomes,il nous faut l’admettre: ils sont immortels

Allons plus loin et imaginons.

Imaginons quand notre mort venue, que dans nos atomes (ou nos molécules) retrouvant leur liberté, lors de notre décomposition, se glissent des éléments de notre mémoire. Dans leurs voyages, ils se recomposent au gré de la grande aventure de l’univers. Un jour, bien plus tard, les revoici dans le corps d’un autre, de ceux qui demain seront nos descendants mais pas forcément nos héritiers.

Que dire alors de l’inné ?

Que dire alors de cette étrange impression du «  je l’ai déjà vu, mais pourtant je suis certain de ne l’avoir jamais vécu ».

Vais-je trop loin dans l’imaginaire ?

Sûrement, mais quand sait-on ?

Où se situe la limite entre l’imaginaire et l’intuition ?

Les travaux de Jacques Benveniste, sur la mémoire de l’eau, ont ouvert une route, qui n’est pas resté sans passage. Luc Montagnier a démontré qu’il arrive que des  bactéries puissent émettre dans des solutions aqueuses, un signal électromagnétique spécifique, comparable aux résultats de Benveniste. Les expériences de Philippe Vallée, spécialiste dans les phénomènes d’osmose inverse, démontrent la modification de propriété physique de l’eau soumis à un champ électromagnétique. Nous pouvons y ajouter les travaux des Professeurs Pang Xiao-Feng et Deng Bod, qui décrivent eux aussi un effet similaire dans ce qu’ils appellent « effet magnétique de la mémoire de l’eau». Tous ces travaux très controversés sur la mémoire de l’eau nous ouvrent des voies possibles, celle des fausses routes, riches pour bâtir des scénarios de science fiction, mais aussi celle de voies nouvelles pour la science qui bouleverseront de nombreux champs de certitudes. Tout comme les théories de Galilée, ont en leur temps révolutionnées la pensée scientifique.

Pour l’heure, il est trop tôt pour savoir où nous en sommes. Pour le monde de la philosophie, notamment pour le courant de pensée atomiste, il nous est possible d’imaginer que la matière peut avoir une mémoire, en particulier l’eau, le corps d’un adulte est composé de soixante pourcents d’eau, quatre vingt dix pourcent pour le cerveau. Cela nous  permet de concevoir une voie de continuité de l’esprit qui est en nous. Depuis la nuit des temps, l’eau pourrait être ce lien entre les différents corps qu’elle a composé.

Cette proposition peut paraitre des plus farfelues. Elle est aussi incroyable que l’idée de la vision à distance au moyen âge pouvait l’être. Le phénomène physique des ondes radio, portant une « vision », est  aujourd’hui parfaitement maitrisé dans sa technologie. Il est connu sous le nom simple de télévision.

La pensée atomiste peut être poussée au delà de ce que nos sens peuvent ressentir. Il nous faut aller par delà la raisons objective accessible à ce jour. C’est en allant avec notre imagination dans une extrapolation du possible au delà du raisonnable, qui fait remonter le souvenir des religions anciennes, que nous trouverons des réponses à ces étranges pressentiments de déjà vu.

Certaines de ces vieilles religions sont encore pratiquées, leurs points communs sont de déclarer que les esprits des anciens se retrouvent partout dans les éléments vivants de la nature.

Nous y retrouvons les religions premières, religions d’Amériques du nord, du sud, des indiens, religions des terres d’Afrique, religions d’avant la christianisation. Ces religions partagent cette idée que l’esprit ne meurt pas mais est porté par nos frères les arbres, nos sœurs les  rivières, notre frère le vent, nos frères les animaux.

La question de « Dieu »  est complexe car nous ne pouvons la voir que de l’extérieur. Nous sommes comme une feuille accrochée à une branche, voyant du tronc de son arbre que son écorce. Comment imaginer l’aubier gorgé de sève, comment imaginer le duramen, comment penser les racines, quand on n’est qu’une feuille.

A chaque religion sa croyance, sa vérité. Elles se disent différentes et pourtant elles ne peuvent être que toutes semblables. Nous ne voyons que la partie visible, telle la feuille et l’écorce. Mais la vérité est dans le cœur de l’arbre, ce duramen que j’estime, encore, inaccessible aux hommes d’aujourd’hui.

De tout cela, je ressens l’homme comme partie entière de la nature. Tant qu’il se refusera à elle, tant qu’il la contredira, il ne gardera que de la souffrance, pour lui mais aussi pour elle… la nature. Cette incompréhension finit toujours par rendre plus encore plus de douleur pour celui qui marchera à contre courant de cette nature dont nous sommes pleinement les composants.

Pour réduire nos souffrances, il n’y a point d’autre issue que d’être en harmonie avec la nature.

Souffrir le moins possible n’est ce pas là la finalité de l’homme ?

Même si Epicure nous dit que parfois nous devons souffrir pour y arriver.

La vision atomiste devrait nous permettre de voir en tout chose intimement confondue, le début, la continuité, et la fin. Cela devrait nous inspirer un profond respect de tous les vivants, puisque tous sont de même nature, respect de tous mais aussi de tout … Car tout est porteur de vie.

Imaginons que nous mettions en commun ces drôles d’idées et ce qui en découle. La dureté des souffrances de chacun s’en trouverait diminuée.

Ces propos n’ont rien de nouveau, pour qui voyage en philosophie, déjà émis par d’autres, il y a si longtemps, répétés dans des phrases nouvelles au fil du temps. Je ne suis pas étonné de réécrire ce qui a déjà été dit. Je refais ce puzzle, et donne ce qui est déjà, mais qu’en avons fait ? Et quand ferons-nous ?

Moi le premier il m’arrive de l’oublier. Car le plus dur n’est pas de l’écrire mais de l’être. Pourtant à chaque fois que je le suis, je ressens moins de souffrance, plus de sérénité. Le soir venu, l’impression d’avoir vécu un jour de plus et non d’avoir un jour de moins à vivre.

Mais qu’il est difficile de quitter le rythme inhumain de cette société contemporaine. Nous ne vivons pas une époque « formidable » mais nous en avons le matériel et le mode d’emploi pour la réaliser. Cette époque formidable, avec au bout toujours cette question : qu’attend-t-on pour resynchroniser nos vies sur le rythme humain ? Celui qui est en harmonie avec la nature. Elle, qui est en harmonie avec le cosmos, nous donne le sens vers un plus haut, plus élevé, plus spirituel.

Comment peut-ton parler d’universel si nous sommes toujours en dysharmonie avec l’Univers ?

Ainsi les pensées atomistes nous ouvrent des pistes de réflexion qui nous ramènent les pieds sur terre, bien plus que nous aurions pu nous l’imaginer. Pensées qui cheminent dans l’esprit des hommes depuis le Vème siècle avant Jésus Christ, déjà si longtemps!

Il nous faudrait tendre vers plus d’écologie, pas l’écologie politique, mais l’écologie philosophique. De tout temps il est une nécessité de mettre le un avant le deux, le deux avant le trois. La philosophie est avant la politique. Avoir fait l’inverse, voilà, l’une des erreurs de cette époque.

Ah ! Ce sens de la pierre posée sur le mur, qui s’en soucie aujourd’hui. Et pourtant comment elle résistera à l’assaut du temps notre construction si nous ne respectons pas cette règle élémentaire.

Les maçons (opératif, ceux qui font les murs) savent qu’il ne faut pas poser de pierres en “délit” sur un  mur. Il en est de même pour l’édifice d’humanisme que nous voulons, que nous devons construire, pour nous, mais aussi pour les autres. Ceux d’aujourd’hui mais aussi ceux de demain afin que chacun puisse dans cette construction moins souffrir.

Tel est l’intérêt de tous, en commençant par vous et moi.

Du haut de cette 30ème planche il est temps de passer à la suivante.

Grimpons dessus…

Maintenant que nous sommes pluis à l’aise avec nos atomes qui nous compose si nous reparlions de la morts et de ce qui l’accompagne, à savoir : Faire son deuil

 

© Michel Damien    

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Echafaudage de planches en philosophie   

Planche n° 30 - vers un atomisme adogmatique

Première esquisse le 28 mars 2010 

Dernière retouche le 31 décembre 2012

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