Au creux d’une colline

 

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Elle attend blottie au creux d’une colline. 

Elle attend depuis la fin de l’été dernier. 

Durant tout l’hiver, elle a tenu tête au vent et à la pluie. 

Seule, sous la neige ou pincée par le gel. 

Isolé du monde et du temps. 

A l’écart du bruit mais aussi de la vie.

Elle attend patiemment le retour de l’été. 

Hier, le feu dans sa cheminée renaissait chaque jour de bon matin. 

Chacun avait sa place, le travail ne manquait pas. 

Ni autour, avec les champs, ni dedans, avec les gens.

Bâtie, il ya plusieurs siècle. 

Elle a su garder secret les moments les plus doux. 

Des grands parents aux parents.

Des parents aux enfants.Instant intimes, instants fragiles.

De génération en génération.

Elle se fait chaude et solide pour les petits.

Que les grands faisaient, cachés à l’abri de son silence. 

Dans les après-midi d’été ou les soirs d’hiver.

Alors la vie marquait le pas. 

Le temps s’arrêtait juste pour cet instant.

Dans la crainte de l’attente, fumait une bassine d’eau.

Les veilles savaient, la jeune femme souffrait, l’enfant naissait. 

Aujourd’hui, les enfants sont peu nombreux. 

Et les parent sont plus vieux. 

A vouloir toujours plus facile, le temps s’en va. 

Reste les grandes vacances de l’été. 

Les petits-enfants et toute la vie, l’espace de ce temps reviennent. 

S’ouvrent les volets. Un rayon de soleil, rempli de plaisir, 

Vient caresser la vielle table de la cuisine. 

Les portes des chambres, parfois claquent, ivres de courant d’air. 

Déversant les cris des arrière-arrière-petits-enfants,

Nées à la ville… 

Pour l’instant, la neige fond avec prudence. 

De peur de réveiller la nature trop tôt. 

Il lui faut attendre encore tout le printemps. 

Déjà une auto sur le chemin ? 

Elle n’attend personne avant l’été. 

Un homme en descend.

Chaudement vêtu dans son pardessus noir. 

Une pancarte dans une main, un marteau dans l’autre. 

Il approche de son entrée.

Plaque l’affiche en plastique rouge contre son mur. 

D’un coup de marteau enfonce le clou. 

Fais trois pas en arrière pour s’assurer de son travail et repart. 

Ce bout de plastique rouge déchire la tranquillité de ce lieu,

D’un cri  « A VENDRE »  et voilà toute une histoire qui s’efface. 

Puis le silence reprend le dessus. 

A peine dérangée par des plaques de neige tombant du toit.

Une maison attend blottie au creux d’une colline.

Une maison depuis la fin de l’été dernier. 

 

Paris le 10 avril 1986

© Michel Damien

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